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lundi 9 mars 2015

Art et politique – N.Martin/E.Rousseau – 88 p. - Palette – 2013 – 24 €


Art et politique est un documentaire ambitieux. Il présente les rapports qu'entretiennent ces deux « activités » qui peuvent sembler dissonantes voir contradictoires. Si à notre époque, on sait et (on attend !) des artistes qu'ils contestent, qu'ils s'opposent, qu'ils dénoncent les gouvernements et les hommes politiques en place, on oublie parfois qu'ils ont d'abord été au service des rois et des princes, liés par les commandes officielles. Comme on peut le découvrir au fil des chapitres de cet ouvrage, l'art et la politique évoquent la révolte, les guerres, les révolutions, la dissidence, les luttes et tous les rapports de force entretenus du XIXème siècle à nos jours. Les mouvements tels que le dadaïsme, le futurisme, le sots art sont expliqués et mis en perspective des époques et des causes à défendre. Effectivement les artistes sont souvent les dénonciateurs des dictatures, les accusateurs des inégalités et les interprètes de ceux que l'on ne veut pas entendre. Des artistes de cour comme Véronèse ou Rigaud, à JR ou Bansky en passant par les plus grands peintres ou plasticiens du XXème siècle, on comprend que l'art et la politique sont indissociables. A l'heure du mécénat et des performances sponsorisées, les artistes restent des créateurs libres et portent en eux une force de frappe imprévisible … Les textes courts et ramassés, les illustrations d'une grande qualité font de ce documentaire, un ouvrage de références. Dès 12 ans.



En ces années de commémoration, je vous recommande aussi Art et Guerre. Cet ouvrage documentaire montre comment les artistes qu'ils soient français ou allemands ont dénoncé l'atrocité des tranchées et l'absurdité de cette guerre. Les analyses des tableaux, les biographies des artistes et les extraits littéraires proposés permettent aussi de comprendre comment ce conflit a ravagé les codes et les conventions de la peinture académique pour s'en affranchir … Dès 12 ans.





- Art et Guerre -





dimanche 20 octobre 2013

Etrange Emily – Cosmic Debris – Seuil jeunesse – 2001 – 12€


Si vous aimez les albums aux illustrations douces, si vous préférez les récits classiques dont lesquels les héros comprennent le sens de la vie, si vous pensez que les livres pour enfants doivent donner l’exemple d’enfants courageux et obéissants alors n’achetez pas Etrange Emily. Emily est une jeune fille étrange, un peu border-line et complètement excentrique. Elle aime tricher, terroriser ses nombreux ennemis, paresser et désobéir. Elle souhaite grandir mais elle ne veut surtout pas changer. Entourée de ses quatre chats noirs, ses compagnons de rébellion, elle envisage de devenir la reine des cauchemars, souveraine de la colère et grande détentrice de la mauvaise humeur éternelle. Elle se moque des effets de mode, elle ne s’habille qu’en robe et collants noirs. Elle renie tous les apprentissages de la vie et ne jure que par l’opposition et les combines maison. Emily est une jeune fille que je ne suis pas prête d’oublier et je suis persuadée de la reconnaître si je la croise ! Les illustrations sont très habiles. Le rapport texte-image est parfois complémentaire et parfois disjonctif. Chaque tourne de page offre un véritable décryptage graphique. Tout l’album est construit à l’aide de trois couleurs : noir, blanc et rouge. Des effets de surbrillance permettent de découvrir des jeux de mots ou des clins d’œil visuels supplémentaires. Le style gothique-trash est travaillé avec finesse et donne le sourire tout au long de l’album. Etrange Emily n’est vraiment pas un livre comme il faut mais je le conseille à tous les jeunes lecteurs car il faut toujours connaître le côté obscur de la vie ! Dès 10 ans.

mercredi 9 octobre 2013

L’Art face à l’Histoire : 50 événements racontés par les artistes – N.Martin/E.Rousseau – 93 p. - Palette – 2012 – 24 €


Dans mes rayons du CDI, l'Art et l'Histoire ne se fréquentent pas. L'Art est classé en 700 et l'Histoire en 900 (Merci Monsieur Dewey !). Mes élèves, notamment les premières, sont souvent confrontés à des sujets de recherche dans lesquels ils doivent lier les faits historiques avec les mouvements artistiques. L'épreuve de TPE les oblige à trouver un sujet qui unisse deux disciplines. Ce livre est souvent mon repère pour illustrer de façon concrète la notion d'interdisciplinarité lors de cette épreuve du baccalauréat.
L'Art face à l'histoire
Cet ouvrage propose une chronologie des faits historiques importants de 1789 à nos jours. Chaque événement historique est illustré par une oeuvre d'art. Les oeuvres choisies sont majoritairement des peintures. Les faits historiques récents sont mis en valeur par des photographies, des compositions de street art ou des créations d'art contemporain. Vous ne trouverez pas toutes les dates marquantes de l'Histoire mondiale, les auteurs ont fait des choix et certains événements ne sont pas exploités afin de répondre au mieux à leur objectif : provoquer le dialogue entre un fait historique et ses répercussions dans l'art. En feuilletant cet ouvrage, on comprend que ce dialogue est plus complexe qu'il n'y paraît. L'art glorifie parfois le pouvoir jusqu'à la propagande mais il est aussi un mode de contestation puissant. Les explications et les analyses de tableaux proposées permettent de comprendre les mécanismes, les techniques et tout l'implicite d'une oeuvre d'art. Cet ouvrage est à avoir dans une bibliothèque familiale pour effectuer des recherches ponctuelles ou simplement pour une lecture plaisir. J'aime retrouver dans un même livre Vélasquez, Delacroix, Goya, Picasso, Chagall, Warhol et JR. Je trouve intéressant de proposer ce livre pour aider les enfants et les jeunes gens à développer leur oeil critique et leur intérêt pour l'Art qui dépasse le concept du Beau !

 
 

lundi 30 septembre 2013

Lunerr – F.Fraragorn – 189 p. - Ecole des Loisirs – 2012 – 14.20 €

Dans un futur très lointain, la Terre a subi de profondes transformations. Les mers, les océans et les continents ont changé de configuration. La géographie ne correspond plus du tout à notre planète actuelle. Ces importants changements terrestres ont modifié les frontières. Les peuples sont divisés. De nouvelles civilisations ont vu le jour comme la cité des Aëls : Keraël. Situés sur un territoire isolé, entourés d'un désert aride, les habitants ne survivent que grâce à la récolte de l'eau de brume. Certaines nuits, la brume apparaît dans le désert et les habitants sont tous sollicités pour dresser des capteurs de brouillard afin de récolter et de stocker l'eau dont ils dépendent pour leur survie. Depuis des générations et des générations, les villageois survivent au coeur de ce minuscule oasis. Edictés par une communauté de religieux tyranniques, les Drouiz, les lois sont très strictes. Certaines paroles et certaines pensées sont interdites. Il ne faut penser qu'à la prière aux Aëls, les anges qui apportent l'eau et la vie à Keraël. Malgré l'embrigadement qu'il a suivi sur les bancs de l'école, Lunerr ne peut s'empêcher de penser à l'Ailleurs. Ces pensées ne cessent de tourner dans son esprit. Il réfléchit, il rêve, il s'évade … Par inadvertance ou peut-être trop excité à l'idée du cadeau qu'il va recevoir dans quelques heures pour son anniversaire, Lunerr prononce le mot « ailleurs » à l'école. Il est alors accusé de blasphème. Il est battu par son maître et le Druiz de son quartier. Il est banni de l'école et du temple. Ses amis lui tournent le dos. La loi oblige sa mère à partager son châtiment. Mammig perd son emploi. Ils vont devoir survivre sans le soutien de la communauté. Lunerr et sa mère décident de reporter à demain les soucis et les conséquences du blasphème du jeune homme. Ils doivent fêter l'anniversaire de Lunerr et celui-ci attend impatiemment de recevoir le cadeau traditionnel pour cet âge : un pitwak, petit animal intelligent et doué de parole qui accompagne l'enfant tout au long de sa vie. Mourf, le pitwak de Lunerr semble à l'image de son jeune maître, un peu particulier, un peu hors-norme et vraiment extraordinaire. Devant les aventures qui attendent Lunerr, son pitwak extravagant ne sera pas de trop pour soutenir et protéger le jeune Elu ...Ce roman dystopique est vraiment dépaysant. Des nombreuses questions nous assaillent à sa lecture : quelle est cette île-cité ? Où se situe t-elle sur notre Terre actuelle ? Quel est ce peuple isolé ? Sont-ils les seuls survivants de notre civilisation ? Quelle catastrophe a touché la Terre afin de la métamorphoser ? Lunerr est-il un jeune homme doté de pouvoirs ? Mourf est-il aussi un pitwak particulier ? Certaines de ces questions resteront sans réponses à la fin de ce livre. J'espère qu'il ouvre sur une suite car ce roman m'a beaucoup plus ainsi qu'à GrandGrand. Bien que reprenant des thèmes vus et revus, l'enfant orphelin élu, la quête, la formation initiatique par un maître, la rébellion, Lunerr m'a souvent surprise et profondément touchée. Frédéric Faragorn a su renouveler ces thèmes en leurs apportant une profondeur métaphysique. Le personnage de Lunerr est étonnant. Parfois très enfantin et parfois très mature, ce héros est donc par cette définition, un adolescent. Les relations mère-fils sont bien exprimées dans un style fluide et agréable à lire. Je conseille ce roman à des lecteurs confirmés. De nombreuses symboliques évoquées demandent une certaine maturité et une certaine culture historique. La quête de vérité et de sens menée par Lunerr peut échapper à des lecteurs trop jeunes qui du coup pourraient s'ennuyer. Ce roman riche est une sorte de réécriture de la légende de l'Atlantide, de la mythologie et des cultes anciens dans un futur lointain. Ils incitent le lecteur à réfléchir à la portée du libre arbitre, du doute et des ravages de l'endoctrinement. Dès 13 ans.

 


lundi 23 septembre 2013

Les enfants de la forêt – B.Masini – 248 p. - La Joie de Lire – 2012 – 16.50 €


J’ai choisi ce livre sur le stand de La Joie de Lire au Salon du livre jeunesse de Montreuil. Cette maison d’édition qui m’est chère a été un des premiers lieux où je me suis rendue le 3 décembre. Ce livre a tout de suite attiré mon attention. Je l’ai parcouru. J’ai lu la quatrième de couverture. J’ai noté qu’Hervé Tullet était l’illustrateur. Je l’ai reposé. Je m’étais promis de n’acheter aucun ouvrage avant 15h. Ayant un budget limité, je savais que je devais faire des choix, dégager des priorités, évaluer le potentiel de chaque livre … A 15h01, ce livre était dans mon sac. Je ne regrette pas mon choix. Ce roman est d’une grande qualité littéraire. Le suspens est élaboré avec subtilité. L’imagination se déploie à chaque ligne et le lecteur ne peut s’empêcher de projeter ses peurs et ses angoisses afin de savoir ce qui va advenir. Au-delà de la mort, Bruno Bettelheim et Vladimir Propp doivent applaudir devant ce détournement des contes célèbres. Dans ce récit post-apocalyptique, l’importance du livre, de l’histoire racontée et le sens profond des contes traditionnels est la clef de voûte de cette aventure extraordinaire. Après l’explosion d’une bombe atomique, la Terre est dévastée. Les survivants vivent sur des planètes colonisées. Des Asternefs permettent des liaisons entre les différentes bases. Pilotés par des Pionniers, les Asternefs rassemblent une population de contrebandiers qui ravitaillent les bases en ferraille, nourriture et restes en tout genre d’une civilisation éteinte. Suite à l’explosion, de nombreux orphelins ont été retrouvés. Les adultes sont trop peu nombreux pour prendre soin d’eux. L’intendant Mac Kamp a été chargé de construire une base pour accueillir les survivants qui errent dans les décombres. Peu habitué aux enfants et ne s’intéressant nullement à eux, son équipe et lui numérotent, comptent et enferment les enfants dans un immense no man’s land où des abris de fortune sont dressés en cercle. Les quelques gardiens sont terrés dans leur propre abri coupé du camp des enfants. Leur travail consiste à surveiller les enfants par télésurveillance. Chaque jour, une longue sonnerie retentit afin de regrouper les enfants pour la distribution du Médicament. Il médicament endort et abrutit les enfants (le Tramadol résiste peut-être aux radiations !). Complètement drogués, ils perdent peu à peu leurs repères et leurs habitudes. Ils oublient qui ils sont et d’où ils viennent. Les enfants sont classés en deux catégories. Tout d’abord, les Surgeons, véritables survivants à l’explosion atomique. Ces enfants de tout âge ont souvent des troubles dus à leur exposition aux radiations : ils sont en détresse psychique mais aussi malades ou ravagés par des maladies de peaux. Les autres enfants sont les Surgeons. Ils sont des stocks embryonnaires crées en laboratoire en prévision de la Grande Menace. L’explosion a détruit les laboratoires et les couveuses ont déclenché le maternage des embryons. A la Base de Mac Kamp, des milliers d’enfants survivent sans soins, sans éducation, sans conseils et sans amour. Ils sont regroupés en petit clan, les Grumes. Chaque grume a un chef-enfant qui doit sa place de leader à la force de ses poings, à la vivacité de ses coups et à la rapidité de ses jambes. Chaque grume complote pour survivre quelques jours de plus. Au Grume Treize, Hana est le chef. Elle mène sa tribu avec autorité et les coups pleuvent souvent. Glor, Dudu, Tom, Ninne, ZéroSept, Cranach et Orla survivent sous ses ordres. Tom est l’enfant le plus secret du groupe. Il évite tout contact avec les autres enfants. C’est un surgeon. Des réminiscences émotionnelles lui reviennent parfois en mémoire. Ces souvenirs appelés Tessons le perturbent car il ne retrouve pas d’équivalent dans sa vie actuelle. Il devine que le médicament distribué annihile ses souvenirs. Il décide alors de ne plus avaler le comprimé du soir. A la sonnerie, il le glisse dans sa bouche pour le recracher sous son lit. Afin de trouver un peu de tranquillité, il se réfugie souvent dans la forêt qui jouxte leur campement. Cette forêt effraie tous les survivants. Elle cacherait des monstres, des loups. Tous les enfants qui s’y sont aventurés ont disparu. Malgré ses peurs et les légendes entendues, Tom explore, repère et s’éloigne peu à peu du campement. Un jour, Tom découvre une valise contenant un livre. Cet ouvrage est un livre de contes. Page, après page, ligne après ligne, Tom lit. Il devine alors qu’il a appris à lire lorsqu’il était plus petit. Il se souvient qu’une voix douce lui racontait cette histoire du Petit Chaperon rouge. Il se souvient aussi d’un sourire qui lui était destiné. Tom se réapproprie son passé. Il revient à la vie. Libéré des sédatifs, stimulé par les histoires du livre, Tom décide de s’enfuir en se réfugiant dans la forêt. Hana veille et le surveille. Elle devine ses intentions et la nuit du départ, tous les enfants de la Grume 13 partent avec lui …En relisant ma présentation, je me rends compte que sa lecture peut rendre ce livre effrayant et complètement angoissant. Pourtant la fuite dans la forêt est une quête initiatique plein de sens et d’humanité. Les petits survivants vont devenir des enfants. Ils sauront trouver en eux et entre eux, les liens et la foi nécessaire pour s’élever au-dessus des adultes qui décident pourtant de leurs sorts. Tom devient le chef d’un clan soudé. Les histoires du livre de Tom sont un rituel d’éveil philosophique. Ce recueil de conte devient un livre sacré. Les survivants vont (ré)apprendre à être et à vivre ensemble en s’inspirant des contes. Le thème du clan d’enfants livrés à eux-mêmes est ici complètement renouvelé. Je pense notamment à la Survivante de G.Fontaine, sa Majesté des mouches, sa Majesté des Clones, Deux ans de vacances …Cela peut paraître de l’ordre du détail mais je tiens à vous signaler que ce livre est un bijou à tenir en main. Le papier épais est un délice. La pliure et l’équilibre général de l’objet sont parfaits. Je conseille ce roman aux lecteurs confirmés dès 12 ans.


 

dimanche 22 septembre 2013

Le Worldshaker – R.Harland – 368 p. - Hélium – 2010 – 15.20 €

 
Ce livre est un roman steampunk endiablé ! Dans un autre monde, la Terre est désertée. La majorité de la population mondiale est réfugiée sur d’immenses navires-nations. Sur le Worldshaker, l’empire britannique vit depuis plusieurs centaines d’années. Ce bateau abrite plus de 12 000 habitants. Les 53 ponts sont divisés en castes. Le poste de commandement et les nobles vivent dans les niveaux supérieurs. Les commerçants et les artisans sont regroupés sur les quelques niveaux au dessus du niveau de la mer. Les cales du navire emprisonnent les Immondes, êtres mystérieux qui alimentent en charbon les nombreuses chaudières. Sur ce paquebot gigantesque construit en 1845, l’histoire s’est arrêtée au XIXème siècle. La Reine et le Prince consort officient comme à la Cour d’Angleterre. Le thé est servi à 17h. Les riches prospèrent et se reçoivent dans leurs salons. Ils sont servis par des Larbins exploités jusqu’à leur dernier souffle. Cette autorité royale n’est qu’un gouvernement de façade car le seul et véritable maître à bord est le commandant Sir Mormus Porpentine. Il détient les clés de la salle des machines. Le roman commence par le choix de Sir Mormus pour sa succession : son petit-fils : Colbert Porpentine. Colbert est un jeune homme de 16 ans. Studieux, discipliné, il est l’enfant prodige de cette famille très influente. Une nuit, il est réveillé par un bruit dans sa cabine. Il entend des pas pressés et des cris dans la coursive. Une patrouille frappe à sa porte. Les soldats sont inquiets car une Immonde a réussi à s’échapper de la salle de transformation. Elle se cache dans les méandres des ponts supérieurs. Colbert se recouche et se demandant ou se trouve cette salle de transformation et quelle est son utilité … En se rendormant, il se rappelle que ce qui l’a réveillé n’est pas le bruit des soldats mais un bruissement beaucoup plus proche. Son cœur s’affole. Il saute de son lit et soulève sa courtepointe : deux grands yeux l’observent. L’Immonde est là, à quelques centimètres de lui. Colbert a peur. Il ne connaît rien de ces êtres vils. L’Immonde le supplie de le cacher afin d’échapper aux soldats, aux matraques et à la mystérieuse chambre de transformation. Le jeune Col est abasourdi, en quelques secondes, il apprend que les Immondes semblent humains, qu’ils parlent et qu’ils sont sexués. Vêtue de haillons, Col devine que l’Immonde est une jeune femme de son âge ou presque. Elle est vive et athlétique. Ses grands yeux expressifs subjuguent Colbert qui reste planté aux pieds de son lit. La jeune femme en profite pour se cacher dans l’armoire en entendant les pas des soldats qui se rapprochent … Les 368 pages, de ce roman, contiennent tout un monde, toute une nation et toute une histoire. Le Worldshaker va dévoiler d’horribles secrets, une belle histoire d’amour, un mariage, une révolution. Ce bateau porte bien son nom même s’il est destiné à en changer pour devenir le Liberator. Les personnages de Colbert et Riff sont touchants, particulièrement Riff l’indomptable et la combattante hors-pair. Les personnages mineurs, la grande sœur Gillabeth et Antrobus le petit frère de Colbert se révèlent tout au long du récit. Le Mégalonef est personnifié, il semble vivre au rythme trépidant des révoltes et secrets de ses habitants. Ce roman est accompagné de plan et d’un descriptif détaillé du navire. Cette histoire en huis-clos rappelle l’album Golden City et Méto. Les conditions de vie des Larbins et des Immondes ne pourront qu’interroger le lecteur sur notre propre époque et l’actuelle situation mondiale. J’ai apprécié la réflexion sur la vie des femmes et l’inévitable cantonnement de ces dernières à des rôles de mère et d’épouse : la situation n’aurait-elle pas changé depuis 1845 ? Je félicite les éditions Hélium pour le design et la présentation graphique de cet excellent roman. Dès 11 ans pour les « gros » lecteurs.
 
 

jeudi 19 septembre 2013

Le Chaos en marche : tome 1 : La Voix du couteau – P.Ness – 528 p. - Gallimard Jeunesse – 2010 – 8.65 €


Ce livre a bien failli avoir raison de ma patience ! J’ai passé deux mauvaises soirées avant de goûter l’ivresse de la lecture. Il a fallu que je bataille pour m’adapter au style de l’auteur et à une narration chaotique. Lorsque j’ai intégré l’idée que ce désordre enrichissait et donnait corps au récit alors j’ai apprécié et j’ai même veillé tard pour connaître la fin. Comme tout tome 1 réussi, en fermant le livre, j’ai eu la sensation d’être retenu au bord de la falaise, j’ai eu l’impression de prendre une porte dans le nez et j’ai couru à la librairie acheter le tome 2 car il était inenvisageable que je ne connaisse pas la suite. Il y a des ouvrages qui me mettent en transe, je dois savoir, je dois accompagner le héros dans son combat … Je lis, je vis, je suis ! Dans un futur proche, les hommes ont colonisé certaines planètes car la vie sur Terre, ravagée par les guerres et étouffée par la pollution, devient impossible. Par cargo interplanétaire immense, les hommes colonisent des planètes qu’ils acclimatent à leurs besoins. A Nouveau Monde, la vie est difficile car à l’arrivée des colons, les hommes ont été touchés par un terrible virus, leurs pensées sont audibles. La moindre idée, le plus petit rêve ou la plus ingénieuse des idées sont dispersés au vent. Les colons vivent donc dans un brouhaha incessant qu’ils ne peuvent pas éviter. Nommé le Bruit, ce flux perpétuel, abrutit les habitants et rend les relations humaines très difficiles. Todd, le héros, est un jeune garçon de la deuxième génération de colons. Il deviendra un homme dans quelques jours lorsqu’il soufflera ses 13 bougies. Dernier enfant de PrentissVille, la tension est palpable à l’approche de cet anniversaire. Après Todd, il n’y aura plus d’enfants. D’ailleurs dans ce village étrange, il n’y a plus de femmes non plus. Afin d’occuper ses dernières heures d’enfant, Todd se rend dans un marais isolé afin de se protéger du Bruit. Alerté par son chien qui communique aussi ses pensées, Todd découvre un Sans-Bruit. Mais quel est cet être prostré contre un arbre qui n’émet aucun bruit, aucune émotion. Todd vient de découvrir une femme enfin une jeune femme. Abasourdi par sa découverte, il rejoint sa ferme afin de prévenir ses tuteurs. Mais en traversant le village et malgré ses efforts pour couvrir son Bruit, la rumeur de sa découverte se diffuse et les esprits s’affolent. Armés jusqu’aux dents, excités par la multiplication des pensées, les villageois veulent arrêter Todd pour l’interroger. Ses tuteurs, Ben et Cillian, l’obligent à fuir et à traverser le marais afin de trouver asile ailleurs sur la planète. Todd n’a jamais quitté le village, il court la peur au ventre pour échapper aux hommes enragés. Courir, ne pas s’arrêter, jamais …Au cœur du marais, pourtant, Todd s’arrête car la Sans-Bruit est là et elle a besoin de lui ! Liés par la nécessité de fuir, Todd et Viola sont désormais compagnons de route, compagnons de combat …Comme je l’ai déjà dit, j’ai vraiment beaucoup aimé ce roman. Todd, Viola et Manchee, le chien sont des héros touchants (eh oui même le chien est touchant !). Le rythme est effréné et il faut avoir du souffle pour tenir ce récit haletant. La narration et le style chaotique sont au service de l’histoire et permet au lecteur de littéralement entrer dans le récit. Bien que le thème de l’enfant élu ne soit pas nouveau, il est pourtant évident que ce roman est différent des récits dystopiques. Roman époustouflant, je le conseille aux lecteurs confirmés à partir de 14 ans.


Prix Guardian – 2008 / Booktrust teenage prize – 2008

 

 

mercredi 18 septembre 2013

Le Bal – I.Nemirovsky – 89 p. - Hachette – 1930/2005 – 3.60 €

 
En 2004, Irène Nemirovsky a remporté le prix Renaudot pour son œuvre posthume Suite française. Cette distinction a relancé l’intérêt autour des romans de cet écrivain des années folles. Cette édition, dont la couverture est un régal (je sais, j’ai 12 ans ½ ) me facilite la tâche en tant que médiateur du livre. Je conseille très souvent ce court roman à mes élèves. Vers 1930, A Paris, Antoinette vient d’avoir 14 ans. Elle vit avec ses parents qui, après de nombreuses années sombres, ont fait fortune. Enfant unique, elle côtoie peu les enfants de son âge. Une jeune anglaise lui sert de gouvernante et de chaperon. Malgré son prénom tintant et léger, Antoinette est une jeune fille taciturne rongée par le manque d’amour de ses parents et plus particulièrement de sa mère. La jeune fille étouffe dans sa vie étriquée. A 14 ans, elle rêve de liberté, d’amour et de sentiments sincères. Sans cesse sa mère la rabroue, la reprend, la corrige et l’insulte. Jalouse de sa fille, Mme Kampf souhaite ternir sa fille aux yeux de tous. Afin de montrer aux bourgeois parisiens son ascension sociale, le couple Kampf organise un grand bal à son domicile. Antoinette est ravie de cette initiative et s’imagine déjà faire son entrée dans le monde. Mais sa mère lui refuse l’accès à cette soirée. Elle devra se coucher avant l’arrivée des invités dans le cagibi afin de laisser sa chambre comme salle à manger. Cette annonce de Mme Kampf brise Antoinette qui décide alors de se venger. Ce roman en huis-clos est saisissant. La détresse d’Antoinette est poignante. Elle souffre, la haine est sa seule compagnie. Les relations mère-fille sont complexes. Le lecteur ne peut choisir son camp et notre complaisance va à Antoinette même si l’auteur rappelle que « sa mère l’avait prise sur ses genoux, contre son cœur, caressée et embrassée. Mais cela Antoinette l’avait oublié. ». Comme tous les grands auteurs, Irène Nemirovsky laisse à chacun l’interprétation qui lui convient car ce récit est inspiré de ses propres relations avec sa mère. Lors de la rédaction du Bal, elle vient de devenir mère. Elle aussi s’imaginait certainement un jour vieillissante, poussée par sa fille devenue jeune femme (situation qu’elle n’a malheureusement pas vécue). Tout le récit est tendu vers ce bal ou l’on sait dès le début qu’un drame va se dérouler. Un drame et un dénouement, fort heureusement. Le style est cinglant. Les passages où le point de vue est interne, sont particulièrement poignants. Généralement, je conseille ce court roman aux jeunes filles dès 13 ans, je pense qu’il peut néanmoins intéresser tous les lecteurs jeunes, garçons, adultes …
 
 

lundi 16 septembre 2013

Les aigles de pluie – E.Simard – 42 p. - Syros – 2011 – 3 €

 
J’aime les petits romans qui se multiplient en ce moment. Effectivement pour certains enfants, le critère « nombre de pages » reste la première inquiétude. Grâce à des collections récentes comme mini Syros soon, les petits lecteurs peuvent être détendus. 11 cmx17 cm, 42 pages, ce court roman ne peut que les tenter. Ils se laisseront certainement prendre à l’histoire poignante de Tirdyk et Choden. Dans un autre monde, ces deux jeunes gens s’aiment d’un amour pur et intense. Promis à l’union, ils parcourent les steppes de leur planète sauvage en volant. Leur peuple, les Zardakhs, est un peuple libre qui vit en parfaite harmonie avec la nature. Les jeunes amoureux ont la capacité de s’unir en esprit à leur aigle respectif afin de faire tomber la pluie. Malheureusement, leur planète, Aiaé, est envahie par une civilisation dévastatrice qui mettra leur peuple sous le joug de l’esclavage. Tirdyk et Choden seront séparés et privés de leurs aigles. Emprisonnés, exploités, sauront-ils déjouer les pièges de leurs geôliers pour se retrouver et s’aimer librement ? J’aime les romans d’Eric Simard. Je les conseille souvent à mes élèves qui en raffolent. Son écriture est sèche et saccadée. Les émotions sont décrites sans affectation, ni empathie. Les personnages sont toujours poignants et mes élèves s’identifient à ces héros élus et valeureux. Les thèmes sont souvent futuristes mais terriblement inspirés des sujets d’actualité ce qui questionne et enrichit la réflexion des jeunes lecteurs. A conseiller dès 9 ans.
 
 

mercredi 31 juillet 2013

Obéïr ? Se révolter ? V.Gérard/C.Paurd – 67 p. - Gallimard Jeunesse – 2012 - 10.15 €


A ces âges de doux remous, de questionnement, j’ai trouvé ce documentaire très pertinent. Il permet de poser des bases de réflexion philosophique sur la notion de liberté. En quatre chapitres : obéir à ses parents, l’obéissance crée t-elle le pouvoir ? Pourquoi obéir et jusqu’où ? Quand les hommes se révoltent-ils ? Ce documentaire décline toutes les formes d’autorité et de soumission. Portées par des citations de philosophes célèbres, les explications sont claires et permettent aux enfants de se sentir concernés par les différentes situations décrites. J’ai apprécié que la vie familiale soit décryptée sous cet angle de l’obéissance des enfants à l’autorité parentale : Suis-je libre quand j’obéis à mes parents, à mes enseignants ? Devrai-je obéir toute ma vie à mes parents ? Comment mes parents peuvent-ils savoir ce qui est bien pour moi ? Serai-je un homme libre si j’ai passé mon enfance à obéir ? Sans complaisance pour les enfants et les parents, ce documentaire apporte un éclairage vraiment intéressant sur les liens parents-enfants. Les noms des grands auteurs sont soulignés et renvoient vers des petites bulles colorées dans lesquelles ces auteurs sont brièvement présentés. Les notions importantes sont elles aussi expliquées dans les marges ce qui permet aux enfants de comprendre la signification de la notion et surtout de la comprendre dans son contexte. Enfin, j’ai trouvé ce documentaire intelligemment construit : le point de départ de la réflexion philosophique est l’obéissance dans le cadre familial et quotidien puis l’enfant est accompagné dans sa réflexion jusqu’aux grands questionnements politiques, philosophiques comme la notion d’ordre social, de tyrannie, de révolte sociale. Les enfants pourront trouver des réponses à leurs questions personnelles mais aussi à leurs questions concernant l’actualité française et internationale. Bien que discrètes, les illustrations sont pertinentes et permettent de comprendre certaines explications en un clin d’œil…

samedi 27 juillet 2013

Le Passeur – L.Lowry – 221 p. - Ecole des Loisirs – 2013 - 8 €

 
Imaginez un monde sans guerre, un monde sans maladie, un monde sans mort, un monde sans divorce, sans haine et sans argent. Quel monde béni ! Pour le bonheur de tous, la vie est réglée, calée sur un règlement strict suivi par tous. La population semble heureuse même si le libre arbitre est banni. Le Conseil est une assemblée qui décide et surveille toute la population. Ce conseil décide des mariages, des naissances, des cérémonies, des repas, des lectures … Ca fait froid dans le dos ! N’est ce pas ? Tous les individus sont surveillés et les récalcitrants sont élargis. Voilà le monde de Jonas. Notre héros est un enfant de 11 ans, heureux comme tous les habitants de ce monde. Il va à l’école, il joue avec ses amis, il discute avec ses parents mais il se pose des questions …Dans quelques jours, il va fêter ses douze ans et comme le veut la coutume, il recevra son attribution pour la vie. Le Conseil lui désignera son métier et sa vocation. Tout ses amis ont développé des compétences dans des domaines particuliers (soins aux enfants, capacités techniques …) Jonas est intéressé par tous les métiers mais lui-même ne sait pas ce qu’il veut faire, comment le Conseil peut-il alors déterminer sa vocation ? Et puis pourquoi à certains moments sa vue se trouble-t-elle au point d’apercevoir quelque chose d’indéfinissable ? Le monde de Jonas pourrait être un de nos futurs. Le récit est extrêmement bien maîtrisé, la tension et l’angoisse montent au fur et à mesure de la lecture. En suivant les aventures de Jonas, on découvre ce monde idéal sous un autre jour. On cogite, on s’émeut, on galope et on finit aux premières heures du jour à se demander s’il y a un tome 2 …Mon fils de 11 ans a aussi lu ce roman et nous avons énormément discuté sur les enjeux et les limites du monde décrit dans ce livre : questions philosophiques, politiques, problèmes familiaux et éthiques …Gros coup de cœur.
Après quelques recherches : Messager est une suite possible du Passeur !
 
 

lundi 22 juillet 2013

Trilogie des Tripodes, tome 1 : Les Montagnes blanches – J. Christopher – 156 p. - Ecole des Loisirs – 6.75 €

 
J’ai lu cette série quand j’avais 13 ans autant vous dire qu’il y a un millénaire. Je l’ai relue il y a peu de temps et j’avoue que j’ai retrouvé tout le plaisir de ma première lecture ! C’est étonnant d’être envoûtée à 13 ans et encore vingt ans plus tard. Pourtant je ne suis plus la même : j’ai changé (heureusement !), mes goûts littéraires se sont affinés, mon esprit critique s’est modifié. Je pense que ce coup de cœur à des années d’intervalle est le meilleur critère pour déceler un bon livre ! Dans un monde post-apocalyptique, Will attend avec appréhension de devenir un homme. Dans quelques jours pour ses 14 ans, une grande fête sera donnée au village, les jeunes gens seront rassemblés afin d’être présentés au Tripode : géant métallique qui gouverne le Monde. Ce tripode emporte les enfants quelques heures et les ramène au village, coiffés, c'est-à-dire qu’une résille neuronale est installée sur leurs crânes. Dans cette civilisation revenue aux heures du Moyen-Age, les Tripodes sont vénérés comme des dieux. Will redoute la confrontation avec le Tripode car il sait qu’il ne sera plus jamais comme avant. Ses amis coiffés depuis peu sont différents, fades, mornes et complètement sous influence …C’est lorsque la Terre tremble des pas du Tripode que Will décide de s’enfuir …
Ce roman de science-fiction est bien écrit et permet aux petits lecteurs de suivre facilement le récit. Les aventures de Will s’enchaînent rapidement et le suspens fascine le lecteur. Les thèmes de la quête, du dépassement de soi et de la métamorphose sont les clés de voûte de ce roman palpitant.

 

 

Trilogie des Tripodes, tome 2 : Les Cités d’or et de plomb – J. Christopher – 169 p. - Ecole des Loisirs – 6.75 €







Trilogie des Tripodes, tome 3 : Le puits de feu – J. Christopher – 168 p. - Ecole des Loisirs – 6.75 €