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mercredi 29 juin 2016

Barbe Bleue – C.Perrault/F.Belonie – 32 p. - Actes Sud junior – 2015 - 16.90 €




Barbe bleue est un des contes les plus effrayants de Charles Perrault. Une fois qu'on l'a lu, on ne peut pas l'oublier … La cruauté du mari, la docilité de la jeune mariée, la tension insoutenable du récit marquent les esprits et deviennent des références pour la vie. Dans cette version moderne et graphique, le lecteur (re)découvre un récit fort et troublant. L'interprétation illustrée est elle-aussi saisissante et rappelle les gravures de Gustave Doré. Le jeu avec les vues et avec la couleur rouge est particulièrement habile … Un classique à lire et à relire …

Dès 9 ans.





samedi 26 décembre 2015

La princesse aux perles – M.De Morgan/Y.Gilbert – 64 p. - Les Editions des éléphants – 2015 – 18 €


Il était une fois au pays des contes, une princesse si belle que tous la croyait douce et gentille. Même son père, le Roi, pense que sa fille, Fiorimonde, est d'une bien veillance rare et d'une docilité naturelle. Mais en son for intérieur, la princesse cache des secrets et des aspirations aussi sombres que la magie noire qu'elle pratique la nuit avec la sorcière de la montagne. Le jour où elle apprend que son père veut la marier, elle décide d'ensorceler un collier pour capturer ses soupirants. Rois, princes et seigneurs tintent à son cou, prisonniers du charme ...La princesse aux perles est un conte de fées anglais du XIXe siècle traduit pour la première fois en français. Ce récit qui rappelle les contes classiques propose une héroïne sombre et cruelle qui bouscule l'image de la princesse sage et passive. Fiorimonde refuse le joug du mariage et s'oppose à la volonté paternelle. Elle n'attend pas de prince aussi charmant soit-il ! Quant aux illustrations intenses et vertigineuses, elles ne sont pas sans rappeler les gravures de Gustave Doré ! Un conte classique terriblement moderne. Dès 8 ans.





dimanche 12 avril 2015

Tout en haut du monde – R.Detambel – 97 p. - Thierry Magnier – 2015 – 8 €



En 1800, à Stockholm, dans une famille bourgeoise, Siri, 15 ans, est une jeune fille qui déteste sa condition de jeune fille à marier. Elle étouffe dans ce rôle confiné que lui dicte ses parents et particulièrement sa mère, Elizabeth qui attend de sa fille une soumission totale et un mariage avantageux pour la famille. Siri multiplie les lectures de romans d'aventures pour échapper à son quotidien morne de jeune châtelaine. Bougainville et Defoe sont ses auteurs préférés même si elle aime aussi s'évader en parcourant les atlas et les livres illustrés de la bibliothèque du château. Cet été là, lors d'une promenade et après une dernière dispute, la mère de Siri meurt dans un accident de cheval. La jeune fille se sent coupable et tombe dans une profonde dépression. Heureusement après des mois de larmes et de chagrin, Siri reçoit la visite de son oncle Aurel. Explorateur et botaniste confirmé, il parcourt le monde à la découverte des plantes exotiques. Inquiet pour la santé de sa nièce et doutant des qualités d'écoute de son frère, il décide d'emmener la jeune fille découvrir l'Amérique du Sud, l'Amazone et le mystérieux Cotopaxi … Tout en haut du monde rappelle les romans de formation d'autrefois. Il est surtout un beau récit d'émancipation. Un style fluide, de belles métaphores sont à découvrir dans ce livre de voyage et d'exotisme. Dès 12 ans.

mercredi 4 juin 2014

La Ballade d’Hester Day – M.Helnwein/trad.F.Serra – 366 p. - La Belle Colère – 2014 – 20 €


La Ballade d’Hester Day n’est pas un roman comme les autres. Il ne ressemble pas à un roman adolescent, il ne ressemble pas à un roman « adulte » même s’il peut correspondre à ces deux catégories … Il est hybride, inclassable et ne s’embarrasse pas d’une étiquette, d’un genre où d’une classe d’âge. Néanmoins je peux vous dire qu’il m’a bouleversée ! Hester est une jeune américaine de 17 ans qui décide qu’elle n’ira pas à l’université. Elle vient d’obtenir son diplôme de fin d’études mais refuse de suivre la voie que ses parents ont tracé pour elle. Hester ne s’est jamais sentie à sa place ... ni dans sa famille, ni dans sa classe. Depuis 17 ans, elle cherche le mode d’emploi de sa vie. Malgré ses recherches assidues à la bibliothèque, elle ne trouve rien de valable pour affronter ses quatre-vingt prochaines années … Si elle n’a rien trouvé dans les ouvrages des rayonnages, elle rencontre un jeune homme, Fenton Flaherty, poète maudit, alias Philosophie-Man qui va devenir en quelques jours, son mari, son meilleur ami, son double et en même temps son pire ennemi. A bord d’Arlène, camping-car admirable, Fenton, Hester, son cousin Jethro, Jesus vont créer une communauté improbable, incroyable et détonante. Cette colocation ambulante va permettre à Hester de ressentir la joie, le bonheur et l’amour ! Elle va alors prendre sa vie en main et choisir chacun des membres de sa famille quels que soient les lois de la génétique. La Ballade d’Hester Day est un roman à l’humour décapant. J’ai ri et parfois sourit jaune en priant silencieusement qu’aucun de mes enfants ne ressentent autant de haine envers moi. Effectivement le combat d’Hester est une naissance au forceps pour se libérer de sa mère, de sa médiocrité et de ses lubies. Le style est riche et offre un plaisir de lecture rare. Un roman libératoire de toute dette d’amour et de haine qui nous pousse à nous interroger, à nous positionner et à nous aimer en paix ! Dès 14 ans pour les lecteurs qui aiment lire …


mardi 15 avril 2014

Bakuman, tome 1 : T.Obata/T.Ohba, T.Desbief – 208 p. - Kana – 2010 – 6,85 €


Les auteurs de Death Note, manga plébiscité par les amateurs de shonen, offrent ici une série finie en vingt tomes qui étonne ! Rangez vos sabres, détendez-vous car dans ce manga vous n'aurez pas à vous battre ou à envisager des duels à mort. Non dans Bakuman vous découvrirez les coulisses de la création d'un manga ... Au Japon, Mashiro, 14 ans, est un jeune collégien discret et réservé qui possède un vrai talent de dessinateur. Il sait qu'il doit travailler dur pour obtenir une place dans un lycée réputé. Malheureusement Mashiro n'est pas très motivé et l'avenir lui semble ennuyeux ! Afin de réviser ses examens d'entrée, il retourne au lycée pour récupérer son cahier mais Takagi, le meilleur élève de sa classe l'attend et le félicite pour ses esquisses qui ornent chaque feuille de son cahier. Mashiro est gêné par toutes les félicitations de son camarade. Mais bientôt Takagi va lui proposer un défi incroyable : former une équipe de mangaka pour créer le meilleur manga jamais édité ! Mashiro aura t-il le courage de relever ce défi et de prendre sa vie en main et en dessins ? Ce manga au thème original permet de comprendre l'univers de la création des mangas. Le vocabulaire, les techniques, le matériel sont expliqués de façon pertinente et pimentent l'intrigue de cet ouvrage. Les planches intégrées au récit offrent une compréhension immédiate des étapes de la création. Dès 10 ans.






dimanche 30 mars 2014

Bride Stories, tome 1 – K.Mori – 192 p. - Ki-oon – 2011- 7.65 €


Au XIXème siècle, en Asie centrale, sur les bords de la mer caspienne, Amir, 20 ans, rejoint son mari, Karluk, 12 ans. Issue d’un clan lointain, elle n’a choisi ni son conjoint de 8 ans son cadet, ni sa belle-famille ... pas plus que les objets de son trousseau. Les traditions l’obligent à accepter les conditions de ce mariage arrangé. Heureusement Amir est une jeune femme qui va décider de vivre en harmonie au sein de cette nouvelle famille dont certains membres lui donnent parfois du fil à retordre particulièrement les femmes. Elle doit trouver sa place et prouver son utilité dans le clan. Un ragoût de lièvre lui donnera l’occasion de dévoiler ses compétences de chasseuse et de cavalière expérimentée à la grande surprise des membres de cette famille où les femmes sont cantonnées habituellement à des tâches domestiques ! Alors qu’elle commence tout juste à vivre harmonieusement avec son jeune mari, ses frères viennent la réclamer pour la marier à nouveau avec un voisin plus puissant … Ce manga provoque un dépaysement dès la première page. La finesse des dessins, la richesse des détails et les effets visuels nous plongent au cœur d’une époque au sein d’un clan auquel on s’attache immédiatement. Amir est une héroïne comme on les aime, fière, libre et en même temps d’une bienveillance rare … A suivre tout au long de cette série de 6 tomes déjà publiés …Dès 12 ans.

Bride Stories a reçu le Fauve d'Angoulême en 2012.

La critique de Stéphane Jarno, Télérama : ici !






jeudi 27 février 2014

L’Argent – M.Desplechin/E.Houdart – 53 p. - Thierry Magnier – 2013 – 21.90



La Famille aurait pu aussi être le titre de cet album ! Car c’est bien le cœur de ce récit … Une famille dont les membres s’aiment parfois, se détestent souvent. La vie, les rancunes, les non-dits et les ambitions de chacun les ont divisés et éparpillés aux quatre coins du monde. A l’occasion d’un mariage, ils réfléchissent tous et à tour de rôle à leur place dans cette famille qui ne ressemble à aucune autre ou peut-être un peu à toutes … Que ce soit Edward, le fils aîné et prodigue, milliardaire et homme d’affaire cruel ou Camil, le père de la mariée qui a travaillé toute sa vie et qui vieillit seul en comptant chaque combat syndical perdu et chaque pièce de son porte-monnaie ou bien Bonnie, sœur d’Edward, hackeuse de génie qui vole aux riches pour aider les pauvres (elle est mon personnage préféré, vous vous en doutez bien !), chacun des portraits dressés est un récit captivant qui dévoile des failles, des manques et parfois des décisions qui ont bouleversé une vie entière. Les illustrations d’Emmanuelle Houdart, illustratrice géniale aux dessins denses et extravagants ne sont pas de simples décors, elles participent aux récits en apportant de multiples détails sur les personnages comme leurs lectures, leurs passions secrètes et leurs espoirs. Un album fort et bouleversant qui nous incite à nous interroger sur nos rapports à l’argent et à nos liens complexes avec ceux qui nous sont chers même si on ne sait pas toujours leur dire …Pour les Grandes !










mardi 22 octobre 2013

La Passe-miroir, tome 1 : les Fiancés de l’hiver – C.Dalbos – 528 p. - Gallimard jeunesse – 2013 – 18 €


Dans un monde post-apocalyptique, Ophélie est une jeune conservatrice d'un musée bien étrange. Ce lieu abrite les objets et les reliques de notre monde actuel. Les habitants de ce monde nouveau apprécient de découvrir ce qu'était notre civilisation au XXIème siècle avant la grande Déchirure qui a éclaté la Terre en milliers d'ilots. Ces néo-terriens appartiennent à des castes issues des survivants de la grande explosion. Ces survivants immortels sont les Esprits de famille. Ils sont adorés comme des Dieux. Chacun transmet un don à toute la génération qu'il a engendrée. Il y a les Illusionnistes, les Animistes, les Dragons, les Nihilistes … Chaque famille reste donc sur son ilot suspendu. Les habitants sont issus des mêmes ancêtres et sont donc tous plus ou moins cousins. Ophélie vit sur Anima et connaît presque tous les résidents de sa cité. Elle a hérité du don de « liseuse », c'est à dire qu'elle peut « lire » le passé des objets en les effleurant avec les doigts. Elle a aussi la capacité de traverser les miroirs pour se rendre là où elle le souhaite. Malgré ses talents prodigieux, Ophélie n'est pas une héroïne du quotidien. Elle est maladroite, taciturne et très timide. Elle ne côtoie pas les jeunes filles de son âge car Ophélie ne s'intéresse ni à la mode, ni aux hommes, ni à la maternité. Elle désespère les membres de sa famille en refusant tous les prétendants qui ont demandé sa main. Malheureusement, les Doyennes de la famille en ont décidé autrement et Ophélie est envoyée au Pôle, dans une contrée sauvage et étrange, la Citacielle. Son fiancé, Thorn, est le grand Intendant de cette cité aux moeurs décalées et aux coutumes qui semblent barbares. Avec ses bras tatoués et son statut de bâtard au sein de la tribu des Dragons, il effraie Ophélie dès leur première rencontre. Sous prétexte de la mettre à l’abri de la férocité de certains membres de sa famille, il la confie à sa tante Berenilde dès leur arrivée à la Citacielle. Caché et tenue au secret dans un palais, Ophélie ne peut compter que sur son chaperon, sa Tante Roseline. Veuve et sans enfant, elle est loin de tenir le rôle de confidente et ressemble plus à la vieille tante complètement gâteuse et originale qui existe malheureusement dans toutes les familles quels que soient l'époque ou le pays  … (Malgré ce portrait bien peu engageant de ma part, j'ai une tendresse particulière pour ce personnage car la tante Roseline a le don de réparer le papier et particulièrement les livres en apposant ses mains sur les déchirures ! Elle est peut-être la documentaliste des premiers siècles post-explosion ! Je suis son ancêtre) Dès leur première rencontre, Ophélie et Thorn comprennent que ce mariage forcé va être difficile à honorer. Ils n'ont aucun goût commun, ils ne partagent rien à part le mépris et l'incompréhension. Ils n'arrivent même pas à communiquer l'un avec l'autre sans créer des quiproquos, des malentendus et des blessures irrémédiables. Ils se détestent, s'évitent mais ils ne peuvent briser cette alliance sans craindre pour leurs vies et la réputation de leurs familles. Effectivement ce mariage n'est rien d'autre qu'une alliance politique ! Ce roman est un roman de fantasy dans une ambiance surannée qui rappelle la Belle Epoque ! Ophélie est une héroïne touchante dont le personnage s’étoffe au fur et à mesure du roman et des passages introspectifs. Les personnages secondaires sont eux aussi complètement envoûtants qu’ils soient les alliés ou les ennemis de le jeune Ophélie. Le suspens est mené avec efficacité. Ce monde post-apocalyptique est saisissant par son originalité. L’onirisme et les jeux de faux-semblants permettent de nombreuses hypothèses de lecture et donnent réellement envie de lire la suite du roman dont l’auteur, Christelle Dalbos promet la publication dans quelques mois. J’ai apprécié les clins d’œil de l’auteur à de nombreux héros de la littérature comme Alice au Pays des Merveilles, Cendrillon, Lyra des Royaumes du Nord et bien d’autres encore et notamment en littérature générale comme le Passe-Muraille de Marcel Aymé et l’Ecume des jours de Boris Vian. J’avoue que ce roman copieux m’a calée plusieurs soirs. Je le conseille donc aux lecteurs pagivores, livrophages qui aiment les ouvrages volumineux et apprécient les histoires qui ne se plient pas en un claquement de doigt ! Dès 12 ans.

Ce roman a remporté le Prix du roman jeunesse RTL-Gallimard-Télérama en juin 2013. Si vous souhaitez découvrir le site du roman ici et la présentation de Télérama .

mardi 8 octobre 2013

Je vois des choses que vous ne voyez pas – G.Brisac/Nadja – 49 p. - Actes Sud Junior – 2009 – 8 €


Je vois des choses que vous ne voyez pas a été créée le 26 mars 2008 au théâtre de la Manufacture des Abbesses à Paris par la Compagnie du Miaou. Cette pièce de théâtre est une interprétation de la Belle au Bois dormant. A une époque proche de la nôtre, dans une contrée gouvernée par un Roi et une Reine excentriques, tous les habitants attendent la cérémonie des marraines de la jeune Princesse nommée Belle. Après des années d’attente, cette naissance est une bénédiction pour le couple royal. A la fin du banquet, six marraines se penchent sur le berceau et promettent à Belle d’être la plus grande grammairienne, la plus douée en orthographe et en conjugaison et d’être une sportive accomplie. Elle sera aussi la plus belle, la plus subtile et la plus drôle de sa génération. Malheureusement Tante Christiane, qui n’avait pas été invitée, s’impose au dessus du berceau et formule sa malédiction « Quand elle aura seize ans, elle se piquera le doigt avec un stylo et elle en mourra » ! La dernière et septième Marraine, Babette arrive en retard et formule un vœu secret pour contrecarrer la malédiction de cette vieille et horrible Christiane. Mais la jeune fée est inexpérimentée et elle doute de ses compétences …Afin d’éviter une fin tragique à leur fille adorée, le couple royal bannit tous les stylos du pays, les Waterman, les Schaeffer, les Montblanc, même les pauvres Bic sont bannis. Les papetiers doivent disparaître dans la semaine. Les années passent. Belle grandit et devient une jeune fille intelligente, studieuse et sublime. Elle ne connaît que les craies et les ardoises. Malheureusement lors d’une balade, elle rencontre la femme du phare qui écrit à l’ancienne les chroniques du Pays … Cette pièce de théâtre est originale. Elle mêle habilement merveilleux et vie contemporaine. Belle est un personnage complexe et fort qui intéressera les jeunes lecteurs. Malgré la forme théâtrale du récit, la lecture est facile. Les interventions du Conteur et de la conteuse permettent de contextualiser les dialogues. L’alternance des scènes comiques et tragiques est habilement menée et les émotions sont au rendez-vous. Les femmes sont au cœur du récit. Belle, sa mère, les Marraines, la Belle-Mère ogresse. Elles représentent les différents âges de la vie des femmes et les épreuves qu’elles ont surmontées. Les illustrations de Nadja sont fortes et son style offre des portraits de femmes inoubliables. J’aime pouvoir proposer des pièces de théâtre accessibles à mes élèves. Je pense que certain apprécieront de jouer quelques scènes ou la pièce dans son intégralité. Peut-être que les spécialités musique et chant s’associeront aux élèves option théâtre car plus de neuf chansons accompagnent cette pièce. Dès 13 ans.
 
La bande-annonce de la pièce et l’interview de l’auteur : ici !
 

dimanche 29 septembre 2013

Rouge Bala – C.Roumiguière/J.Brax – 48 p. - Milan – 2010 – 13.20€

Quelque part en Inde, couchée sur la plage, Bala est nostalgique. Ses yeux suivent les fleurs emportées par la rivière tumultueuse à cette époque de la mousson. Sa grande sœur, Lali, 13 ans, vient de se marier. Elle habite maintenant en ville avec son mari. Le mariage a été fastueux. Sa sœur porte très bien le sari et son point rouge sur le front la place dans le monde des femmes. Bala s’interroge sur ce mariage qui lui enlève sa sœur à jamais. Ses parents, soucieux, pensent que Bala a hâte d’imiter sa sœur. Patients, ils la rassurent en lui expliquant que dans un an, ce sera à son tour de devenir une femme avec sari et point rouge. Elle sera protégée et soumise à un homme. A la fin de la mousson, au tout début de l’hiver, Bala aide une jeune femme en fuite. Cette dernière était battue par son mari car elle était « un ventre vide ». Bala est inquiète pour sa sœur et pour elle. Elle ne veut pas dépendre d’un homme, elle ne veut pas craindre pour sa vie. Elle sait alors qu’elle doit être une élève exemplaire pour pouvoir aller à l’université afin de devenir une femme instruite capable de subvenir à ses besoins. Mais son père, le tailleur, sera-t-il d’accord avec les choix de sa fille ? Un album, grand format, 28cmx37 cm, qui invite au voyage et à la connaissance d’autres cultures. Le thème de la tradition du mariage est abordé avec subtilité. Sans misérabilisme, sans jugement, il laisse à chacun et particulièrement aux enfants la liberté de réflexion. Les personnages de femmes sont merveilleux. Les relations familiales entre mère et filles et entre sœurs sont touchantes sans être mièvres. Bala est très attachante. Elle représente toutes les adolescentes du monde qui se posent, un jour, la question de leur avenir de femme. Qui suis-je ? Quelle femme ai-je envie de devenir ? De quoi suis-je capable ? Puis-je déjouer les plans de mes parents ? Serai-je fidèle à moi-même ? Sur la couverture, l’œil de Bala est comme un miroir pour chacune ! Les illustrations de Justine Brax sont un récit à elles seules. Poétiques, fines, très détaillées, je suis sous le charme de ses créations. On croise d’ailleurs la route d’un éléphant bien connu ! Racontée au fil des saisons, j’ai sincèrement été touchée par cet album tout en grâce et en questionnement. Si vous souhaitez feuilleter quelques pages : ici. Dès 10 ans.

lundi 29 juillet 2013

L’élégance des veuves – A.Ferney – 212 p. - J’ai Lu – 2002 - 4.80 €


« Plus tard elle sera l’épouse dans l’harmonie de cet homme. Et la mère dans la douceur d’un très jeune enfant ». Cette phrase est la dernière du roman, écrite comme une douce litanie, comme le récit d’un cycle irréversible et prévisible. L’Elégance des veuves est un roman qui raconte les métamorphoses de la femme depuis toujours et à jamais. J’apprécie beaucoup le style d’Alice Ferney et je recommande souvent ce roman à mes élèves. Je trouve que ce roman est un pont vers les classiques. L’histoire se déroule au début du XXe siècle, nous suivons des femmes, leurs mères, leurs filles, leurs amies autour de leurs berceaux et de leurs tombeaux. C’est un roman en dehors du temps. Chaque mot est brodé, l’histoire est tricotée doucement année après année. Hum, un beau roman de femmes à partager.