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dimanche 14 août 2016

3 fois rien qui font tout – S.Lewis – 268 p. - De La Martinière jeunesse – 2015 – 14,50 €


Quelque part dans un quartier calme de Los Angeles, Olivia, 16 ans devient une jeune femme épatante sous les yeux admiratifs de ses pères adoptifs. Surdouée de la cuisine, elle rêve de partir à Paris pour rejoindre la prestigieuse école de cuisine Cordon-Bleu. En attendant de mettre les voiles et les petits plats dans les grands, elle tente d'aider Bell et Enrique à sauver leur restaurant de la crise économique. Dans une brocante, elle découvre un ancien livre de cuisine qui a servi de journal intime à une femme au destin fascinant … Olivia décide réaliser les recettes de la mystérieuse Rose et découvre que certains secrets des cuisinières méritent d'être révélés … 3 fois rien qui font tout est un roman dense et particulièrement bien mené. Olivia est un personnage auquel on s'attache dès la première ligne. On découvre une jeune fille tourmentée par l'adolescence et l'abandon ... On quitte une femme libérée du secret de ses origines et décidée à affronter la vie avec un tablier ! 
ès 12 ans.

lundi 21 mars 2016

Quand les poissons rouges auront des dents – M.Colot/P.de Kemmeter – 86 p. - Alice jeunesse – 2015 – 11,50 €


Ce n'est pas seulement parce qu'il a deux papas qu'Auguste se sent différent, il sait qu'il ne ressemble à aucun autre enfant car son meilleur ami est Robert Bouchard, un playmobil porte-bonheur et que son passe-temps favori est la mémorisation des listes de l'annuaire téléphonique ! Alors quand il rencontre Lima, une nouvelle élève de la classe qui ne supporte pas d'être séparée de ses parents restés au Pakistan, Auguste va avoir une idée de génie … Enfin ça c'est ce qu'il croit ! Quand les poissons rouges auront des dents est un roman court et illustré qui fera rire les plus jeunes lecteurs. Le voyage « extraordinaire » d'Auguste et Lima ressemble à une belle odyssée. Un roman original et vivifiant …
Dès 8 ans.





lundi 21 septembre 2015

Là où tombent les anges – C.Bousquet – 391 p. - Gulf Stream – 2015 – 17 €


A Auvers-sur-Oise, en 1912, Solange, 17 ans, décide de rejoindre sa meilleure amie Lili à Paris. Elle ne supporte plus de vivre avec son père qui la maltraite et la violente les soirs de colère et d'absinthe. Après quelques heures de train, la jeune femme débarque au cœur de la capitale sans bagage et sans recommandation. Entraînée par son amie, Solange découvre alors une ville de fête et de lumière dont elle ne connaît malheureusement ni les codes ni les dangers … Jeune, insouciante et naïve, elle ne se méfie pas des loups qui rôdent dans les salons et les bals chics des soirées parisiennes. A peine a-elle goûté à la liberté qu'elle se laisse charmer par le ténébreux Robert Maximilien qui ressemble étrangement à Barbe Bleue … Là où tombent les anges est un roman historique qui plonge le lecteur dans les heures les plus sombres de la première guerre mondiale. Loin des tranchées mais pourtant en première ligne de la douleur et de la peur, Solange, Clémence et Lili vont s'affranchir des hommes et des corsets pour survivre. Un roman fort et envoûtant qui se lit bien au-delà des heures de lecture autorisées … Dès 14 ans.

mercredi 23 octobre 2013

A comme Aujourd’hui – D.Levithan – 369 p. - Les Grandes Personnes – 2013 – 17 €


A est un jeune homme ou une jeune femme. Il ou elle est différent chaque jour depuis sa naissance. Il est parfois ici parfois ailleurs. A n’est pas comme vous et moi. A n’a pas de corps. Chaque matin, il se réveille dans le corps d’un adolescent différent. Il ne choisit pas ses hôtes. Il les quitte à minuit pendant leur sommeil. Les hôtes ne se souviennent pas de cette intrusion dans leurs corps. A, lui, ne s’attache pas, ne crée pas de liens. Il ne fait que passer en essayant d’être le plus discret possible. Il ne sait pas comment fonctionne son don. Il se croit unique et ses plus lointains souvenirs sont des souvenirs de corps qui se succèdent sans ordre, ni liens logiques. Au 5994ème jour, A se réveille dans la peau de Justin, jeune homme de 16 ans qui doit se rendre au lycée. A est habitué à interroger la mémoire de ses hôtes afin de mener une journée sans heurts. En quelques secondes, A extrait les informations nécessaires pour emprunter le corps de Justin, contexte familial, évolution scolaire, groupe d’amis, activités extra scolaires … Il comprend alors que Justin est un jeune américain classique sans troubles ou secrets particuliers. Alors qu’il prépare son sac accoudé à son casier, il devine une présence et un regard insistants dans son dos. En se retournant, il découvre une jeune fille qui lui sourit et qui semble attendre un bonjour un peu plus intime qu’une poignée de mains ! Rhiannon est la petite amie de Justin et A va devoir jouer le jeu. Il n’aura pas besoin de se forcer car en quelques heures il va éperdument tomber amoureux de cette jeune fille timide. Après une escapade au bord de l’océan, Rhiannon semble trouver Justin particulièrement attentif et réceptif à ses attentes ce qui n’est pas dans ses habitudes. A éprouve alors des émotions jamais ressenties. Il veut rester près de Rhiannon. Il a envie d’une histoire au long cours et d’une vie « normale » à ses côtés mais minuit sonne bientôt et A se réveille quelques heures plus tard dans le corps d’une jeune fille à des heures de route de Rhiannon. Il sait qu’il doit faire comme d’habitude et oublier, passer une journée et oublier de nouveau … Mais A n’oublie pas un seul instant passé au côté de Rhiannon et il sait maintenant qu’il a un but dans la vie, la retrouver ! Ce roman est complètement dépaysant. Chaque chapitre est une journée de A dans un corps différent. Toujours adolescent, il est parfois homme parfois femme. Il peut être un jumeau et le lendemain l’autre sans que personne ne s’en aperçoive. Il est le roi de l’esquive et de l’adaptation. A est un héros attachant dont on n’envie pourtant pas la situation. Il est droit, intègre et a créé sa propre déontologie afin de protéger ses hôtes. Il a beau avoir vécu des milliers de vie et goûté à bien des plaisirs, il est seul au monde. J’ai apprécié le travail de l’auteur autour du thème de l’amour, de ses versions et des couples très différents qui sont présentés. J’ai souri devant les minuits qui se succèdent sans trouver une bonne fée pour l’aider. A moins que le Révérend Poole, homme sombre et inquiétant rencontré par l’intermédiaire d’un hôte, ne soit lui aussi un Emprunteur mais je pense qu’il n’a pas les mêmes scrupules que notre héros A dont l’initiale laisse penser qu’il n’est que le premier d’une longue liste… Peut-être que le tome 2 nous révélera l’avenir de A ? A comme Amour, A comme Abandon, A comme Aventurier, A comme Amnésie ? Pour les lecteurs qui apprécient les romans originaux et introspectifs ! Dès 14 ans.

mardi 8 octobre 2013

La Prédiction – A.Hoffman – 160 p. - Gallimard jeunesse – 2006 – 8.15 €


Dans un autre monde ou peut-être dans un passé lointain, une communauté de femmes, semblables aux amazones, vit en tribu. Ces femmes sont de redoutables guerrières. Dès leur plus jeune âge, elles s’entraînent aux diverses formes de combat : lance, masse, arc... Cavalières émérites, elles font corps avec leurs chevaux. Leurs talents permettent à ces femmes d’être une tribu invaincue jusqu’alors. Les autres clans les considèrent comme des monstres mi-femme mi-cheval. D’ailleurs l’attribution d’un cheval à 13 ans marque le passage à l’âge adulte et donc au statut prestigieux de guerrière pour les meilleures d’entre elles. Ces femmes forment une communauté nomade qui fonde sa cohésion sur les interactions entre castes : les prêtresses, les gardiennes des abeilles, les guerrières … Cette société matriarcale suit des règles strictes d’obéissance à la Reine. Le pouvoir naît dans le ventre des mères qui le transmettent à leurs filles. Les hommes sont exclus de cette tribu. Ils sont considérés comme des sauvages, des ennemis à tuer, qu’ils viennent des territoires du Nord ou des villes de pierre de l’Ouest. Lors de leurs victoires, ces amazones sélectionnent les plus valeureux pour les garder prisonnier afin d’en abuser quelques nuits pour procréer leurs filles. Malheureusement Pluie, l’héroïne n’est pas née de cette tradition ancestrale qui légitime la filiation maternelle. Pluie est née d’un viol collectif. Sa mère Alina est la Reine de la tribu mais elle déteste sa fille. Elle ne l’a jamais regardée, ne l’a jamais portée dans ses bras. Elle laisse les différentes représentantes des castes éduquer Pluie. Alina exige que sa fille soit la meilleure pour monter sur le trône d’os et de pierres de rivière. Pluie est versée dans la divination. Elle est une cavalière extraordinaire et une guerrière héroïque. Sans un mot échangé en treize ans, la fille attend un encouragement, un simple regard de reconnaissance mais Alina ignore sa fille qui pourtant devient une femme et se prépare à lui succéder. Pluie n’apprend pas le pouvoir par imitation ou en suivant les conseils de sa mère. Elle est seule. Elle observe sa mère à la dérobée pour comprendre la stratégie guerrière et les rouages du pouvoir. Elle sait que son destin l’obligera à devenir féroce, brutale, intransigeante pour garder le pouvoir et perpétuer les victoires de son peuple. Au fil des années le corps de Pluie se couvrent des traditionnels tatouages bleus symbolisant ses réussites et ses exploits. Elle pense être prête à monter sur le trône mais d’étranges rêves et des rencontres bouleversantes vont compliquer ses projets ….Lorsque j’ai refermé ce livre, j’ai tout de suite cherché le tome 2. Malheureusement j’ai dû me contenter de ce seul et unique roman. De nombreuses thématiques sont abordées comme l’homosexualité, le racisme, la filiation, l’esclavage et le viol. Les descriptions sont parfois brutales et sanglantes à l’image de cette époque imaginaire rythmée par les guerres. Pluie est un personnage dont l’évolution psychologique est intéressante. Malgré les difficultés et l’opprobre de sa tribu, elle écoute ses convictions et devient une femme libre et fière. J’ai aimé ce roman sombre qui incite à la réflexion sur l’image de la femme. J’ai vibré aux descriptions des combats et des techniques guerrières mises au point par ses femmes. Les traditions autour de la vie et de la mort sont travaillées avec subtilité. La lecture est exaltante et complètement dépaysante. GrandGrand a lu ce roman. Il a apprécié les grands espaces, le nomadisme et la force de ses héroïnes légendaires. Je le conseille donc à tous les lecteurs dès 13 ans.

lundi 23 septembre 2013

A copier 100 fois – A.Dole – 56 p. - Sarbacane – 2012 – 6 €

 Le seul défaut de ce très court roman, c'est que le héros n'a pas de nom ! Je comprends bien l'effet recherché de d’identification : n'être personne, c'est être tout le monde mais qu'il est difficile de présenter un héros sans nom. Il a 13 ans. Il est le souffre-douleur d'une bande de gros bras du collège. Chaque jour, il subit leurs humiliations et leurs coups. Il a beau essayer de se fondre dans le décor, de se réfugier dans les couloirs, Vincent, Laurent ou Julien le retrouvent toujours pour lui faire mordre la poussière. Battu depuis des mois, notre jeune héros s'habitue aux coups, son corps et son mental s'endurcissent. Il sait qu'il faut juste serrer les dents et attendre que le mauvais moment passe. Il se répète les conseils de son père mais il n'arrive pas à s'imposer. Il s'écrase. Il est incapable de riposter. Malgré les humiliations de ses camarades-tortionnaires, il souffre surtout du comportement de son père dont il attend soutien et protection. Veuf depuis quelques années, ce père, taciturne, n'arrive pas à communiquer avec son fils. Il a honte de lui. Il ne le reconnaît pas comme sien. Son fils est différent. Il sait qu’il est homosexuel mais il n'arrive pas à surmonter la honte qu'il ressent. Il pense que son fils doit s'endurcir pour rentrer dans le monde des hommes. Il essaie de lui inculquer les usages de la virilité. Cet homme un peu rigide tente d'insuffler à son fils les ficelles de la loi du Talion. Il croit que son fils changera ...qu'il sera comme lui un jour. Ce couple père-fils est dans une impasse relationnelle. Ils ne communiquent plus, ils s'évitent. Après une semaine particulièrement éprouvante, le jeune héros essuie une nouvelle volée de coups. Malgré le soutien de sa meilleure amie Sarah, il rentre chez lui effondré. Sa détresse est intense. Il faut qu'il exprime ce qu'il a sur le coeur et dans le ventre. Il est à bout et son père va devoir le regarder en face et admettre la vérité. Ce roman se lit d'une traite. J'ai eu peur pendant 56 pages. Une lecture en apnée qui laisse une trace indélébile. On ressent une telle détresse à la lecture des pensées du héros que j'avais les larmes aux yeux. Ce jeune homme attend juste que son père le reconnaisse comme son fils malgré sa différence, son orientation, ce qui fait qu'il est lui ! Il a raison quand il dit que « le monde cogne, le monde heurte, c'est celui dont on avait peur la nuit quand on était petits. Quand ma mère me disait que les monstres n'existaient pas, que fallait pas avoir peu, c'était pas vrai Sarah. Ces montres-là, ils existent, moi j'en ai rencontré. On s'y fait et c'est le pire, on s'habitue à tout. ». Dans ce très court roman, Antoine Dole aborde des thèmes difficiles et délicats avec force et talent. Prenez votre souffle avant car ce roman secoue !