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mardi 22 octobre 2013

L’Amour n’est pas un sport de combat – M.Jarry – 156 p. - Rageot – 2013 – 6.50 €


Marjolaine Jarry est une habituée de mes chroniques. Je vous ai déjà présenté un de ces ouvrages Pieds nus dans la nuit que j’avais beaucoup apprécié, ici. Elle m’a envoyé son nouveau roman que j’ai reçu par un matin ensoleillé de mai (peut-être le seul d’ailleurs !). Le titre et la couverture m’ont tout de suite inspirée. Juliette est une adolescente un peu cabossée par la vie. Tout d’abord, elle vit en garde alternée chez ses grands-parents paternels qui habitent deux appartements en vis-à-vis. Cette garde ne s’organise pas semaine après semaine mais heure après heure. Selon l’humeur de chacun, Juliette navigue d’un appartement à l’autre en sautant par-dessus les paillassons. Ce couloir n’est pas un simple couloir. Il est une frontière étanche et la séparation de deux mondes que tout oppose depuis le divorce de ses aïeuls. Sa grand-mère est une jeune retraitée hyperactive. Elle gère avec minutie son emploi du temps, jonglant entre ses cours de yoga, ses café-philo, ses ateliers théâtre … Son grand-père est un vieil homme taciturne et casanier qui ne digère pas son divorce. Juliette n’a pas choisi de vivre auprès de ses grands-parents. Après le suicide de sa mère quelques mois plus tôt, Juliette s’est réfugiée auprès d’eux car elle ne trouvait pas de place dans la nouvelle vie de son père expatrié au Japon. La mort de sa mère l’a profondément ébranlée. Elle se sent dépassée par le chagrin. Elle se sent si fragile qu’elle préfère effleurer la vie protégée par « un scaphandre psychologique » que de la prendre à bras le corps. Heureusement sa meilleure amie Elodie l’aide à reprendre pied. Elle partage avec Juliette des plaisirs simples qui sont pourtant essentiels à 14 ans : manger des gratte-ciels pain de mie nutella en imaginant que le beau Selim, le plus séduisant garçon du lycée, tombe amoureux de l’une d’elles. Après une dispute avec sa grand-mère, Juliette décide de faire du roller pour se défouler. Un trottoir, un caniveau, une rue à traverser, Juliette se laisse emporter par la glisse. Elle est malheureusement heurtée de plein fouet par une mobylette. Transportée à l’hôpital, elle se réveille une fois de plus cabossée mais indemne. Blottie au creux de son lit, fatiguée par tant de coups de blessures en une année, elle est surprise de voir un jeune homme entrer dans sa chambre d’hôpital. Ce jeune inconnu est le conducteur de la mobylette. Il s’appelle Gabriel. Il vient prendre des nouvelles de Juliette et lui rapporter ses rollers laissés sur la chaussée par les pompiers. Après une discussion un peu laborieuse, il invite Juliette à manger une glace dès sa sortie … Notre jeune héroïne est ravie et en même temps elle ne se sent pas la force d’aller à ce rendez-vous galant ! Juliette est confrontée à un choix difficile. Doit-elle oublier Gabriel et son rendez-vous afin de se préserver d’autres mauvais coups de la vie et de l’amour ou préfèrera t-elle tenter sa chance et ôter son armure pour de nouveau éprouver de la joie et du plaisir ? J’ai beaucoup aimé ce roman. En quelques lignes, l’héroïne prend vie. On l’imagine. On comprend ses difficultés et ses emportements. On espère avec elle et on souffre aussi. Elle est une adolescente émouvante qui parle à chacune d’entre nous. J’ai apprécié ce panorama de l’amour offert sous toutes ses formes et dans toute sa complexité. Les personnages secondaires sont bien cernés. Les grands-parents sont particulièrement intéressants et hauts en couleur. Le style est très agréable. L’écriture alterne les épisodes sombres et plus légers avec intelligence. Jamais mièvre ou larmoyant, le récit est rythmé avec talent et légèreté. Un beau roman d’amour à lire et à vivre dès 12 ans.

lundi 23 septembre 2013

Pieds nus dans la nuit – M.Jarry – 161 p. - Thierry Magnier – 2012 – 9 €

L'auteur Marjolaine Jarry m'a envoyé son roman il y a quelques semaines. J'ai été touchée qu'elle me témoigne sa confiance et son intérêt par cet envoi.
En le lisant, j'ai pensé à la citation de Romain Rolland « On ne lit jamais un livre. On se lit à travers les livres, soit pour se découvrir, soit pour se contrôler ». J'y ajouterai « soit pour se souvenir ». En lisant ce roman, j'ai été emmenée à revivre ma propre adolescence. Les amitiés extraordinaires qui s'étiolent, les relations amoureuses complexes, les liens familiaux qui se délitent et surtout l'horrible sensation d'être ce que je ne voulais pas ou d'échouer à devenir celle que j'aurais voulu être. Louise, jeune lycéenne, vit entourée de ses meilleurs amis : Baptiste, Claire et Tom. Ce quatuor s'organise en deux couples inséparables depuis leur entrée au collège. Ils imaginent leurs vies futures pleines de promesses, de talents et de réussite communes. Malheureusement au fil des mois, Claire maigrit, maigrit tellement qu'elle est hospitalisée dans une clinique spécialisée dans les soins pour les jeunes souffrant d'anorexie. Louise ne comprend pas pourquoi Claire est malade. Elle se demande si elle ne lui aurait pas caché des traumatismes de l'enfance. Elle ne comprend pas que Claire ne lui ait pas demandé à l'aide. Elles sont les meilleures amies du monde, rien ne peut les séparer. Malheureusement la maladie de Claire va l'entraîner dans des contrées si lointaines que même les mains tendues de Louise ne pourront l'en extirper. Les mois filent. Tom et Baptiste semblent faire face à l'absence de la belle Claire mais Louise, plonge, elle dans un désarroi qui la coupe de toute relation. Elle va au bout de sa tristesse et de sa colère. Louise se ferme aux autres. Elle tourne le dos à la vie qui l'attend. Elle ne veut pas, elle ne peut pas se projeter vers cet avenir si incertain … Elle comprend que grandir exige des sacrifices. Sur l'autel de la vie adulte, il faut parfois se délester de ses idéaux Dans l'obscurité de sa tristesse, Louise apercevra aussi quelques lueurs de soutien, des liens tenaces qui lui permettront de s'apaiser et d'envisager son avenir. Ce roman est une plongée en adolescence. Ce territoire sans carte et sans balise est parfois difficile à traverser. On apprend à s'armer et à « se chausser » pour se protéger. Le récit délicat et juste permet d'aborder des thèmes difficiles sans s'apitoyer. La fin du récit est particulièrement réussie toute en demi-teinte et en espoir. Louise est un personnage dont je me souviendrai longtemps. J'ai réellement ressenti de l'empathie pour cette jeune fille qui deviendra une femme lumineuse, j'en suis certaine. Dès 15 ans.