Affichage des articles dont le libellé est FILIATION. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est FILIATION. Afficher tous les articles

vendredi 1 juillet 2016

Week-end génialogique ...


La maman de la maman de mon papa – G.Dorémus – 40 p.
Les Fourmis Rouges – 2016 – 14 €

C’est peut-être en pédalant derrière ses parents sans pouvoir les rattraper qu’il a compris que le temps passe inexorablement, c’est peut-être parce que depuis quelque temps, il se pose beaucoup de questions sur sa famille et sur la « génialogie », que le lapin-héros de cette histoire, réclame à coeur et à cris d’aller chez Bonnemaman, la maman de la maman de son papa ! Même si on lui promet une visite « barbante », il sait au fond de lui que cet après-midi chez sa plus vieille mamie sera réconfortante … Un album qui aborde le thème de la filiation et de la mort avec tact et légèreté ! Sans mièvrerie mais avec une « vraie » douceur, le récit propose aux jeunes lecteurs de prendre conscience des petits plaisirs de la vie et de mémoriser des souvenirs de famille qui aident à grandir !

Dès 4 ans







De papa en papa / De maman en maman – E.Vast – 16 p. chacun
MeMo – 2016 – 9,50 € l’un

De papa en papa et De maman en maman sont deux albums qui jouent sur le principe de l'emboîtement « des poupées russes » pour accompagner le PetitProche dans la découverte de la filiation. D’aïeuls en aïeuls, de page en page, de naissance en naissance, avec un effet de zoom narratif très réussi, le lecteur se rapproche de sa propre venue au monde … La répétition des mots créent une comptine hypnotique qui ravira les plus petites oreilles. On retrouve la grâce et la finesse des dessins d’Emilie Vast qui ornent chaque poupée et donnent le ton des générations qui se succèdent.

Dès la naissance

- De papa en papa -

- De maman en maman -




mercredi 15 janvier 2014

A la recherche du paon perdu – A.Villeneuve – 192 p. - Les Grandes Personnes – 2011 – 14.20 €


Mollux, 12 ans, est un jeune collégien pas ordinaire. Tout d’abord, il est passionné par les dictionnaires. Il en a toute une collection : les noms communs, les noms propres, les synonymes, les citations mais aussi des exemplaires plus originaux comme dictionnaire du chocolat, dictionnaire des maladies faciles à attraper …Chaque jour, il consulte ses « bibles », il apprend, il mémorise. Il utilise ses connaissances et sa vivacité d’esprit pour donner des surnoms à tout son entourage. Il surnomme son père Sauf2fois car d’après lui, ce dernier ne lui a adressé que deux fois la parole depuis sa naissance. Sa mère est l’Outarde. Sa petite sœur est Cocotte et son meilleur ami et complice est Procopé. Ils se connaissent depuis des années et partagent les mêmes blagues. Alors qu’il sèche les cours par un lundi après-midi, Mollux va tomber sur son père qui caresse un paon empaillé dans le salon. Il sait que son père est un homme étrange mais cette découverte va bouleverser les petites habitudes de Mollux et de toute sa famille … A la lecture de ce roman, j’ai pleuré … de rire ! Lire discrètement ce livre est impossible. Mollux est un héros « extraordinaire » pourtant il n’a pas de super-pouvoirs. A part peut-être sa capacité à ne s’alimenter que de mousse au chocolat. Sa mission va devenir une quête épique. Elle va surtout lui permettre de se révéler à lui-même et à tous les membres de sa famille. Ce récit est drôlissime mais il souligne aussi l’importance des relations familiales et la force de l’amitié. L’écriture est enlevée. Le style est original et vif. Tout le récit est construit sur un rapport de complicité au lecteur. Ce dernier est intégré dans l’histoire par le biais de nombreuses interpellations. A me voir rire toute seule, les Grands ont eu envie de lire ce roman et ils ont beaucoup aimé aussi ! A partager dès 12 ans.
 

mardi 10 décembre 2013

Monsieur 2 D – B.Heitz – 36 p. - Le Rouergue – 2012 – 16.50 €


Le héros de cet album ne se satisfait pas de sa condition d’être de papier en 2 dimensions. Il aspire à connaître ses origines et décide de plonger dans son empreinte évidée par curiosité et par défi. Son voyage de papier l’entraîne de plus en plus profondément jusqu’à découvrir un monde en 3 dimensions. Il n’y découvrira pas le pourquoi de son manque de volume mais il trouvera l’amour et un astucieux moyen de changer son destin ! Cet album résolument graphique propose une histoire qui ne manque ni d’humour, ni de jeux de mots savoureux. Les créations en volume, la finesse des pliages, les mises en scène, la pertinence des jeux avec les ombres, la pliure et la tourne de page font de ce livre, un album original et percutant ! Dès 7 ans.
Si vous aimez les créations de papier et les héros torturés : Pourquoi tu ne m’aimes pas ? M.Bourre : ici !
 
 

dimanche 20 octobre 2013

La Nuit des cages – Rascal/S.Hureau – 35 p. - Didier Jeunesse – 2007 – 13 €


Dans un passé ténébreux ou dans un monde qui ressemblerait au nôtre il y a longtemps, un jeune ogre est mis en cage par des soldats. A cette époque et dans cette contrée étrange, on croit à l’adage « Tel père, tel fils ». On emprisonne donc le fils pour qu’il ne commette pas les ravages de son père, l’ogre Morillon. Malgré les explications et les lamentations de sa mère, il est emmené en pleine nuit. Afin de ne pas finir pendu comme son père, il profite de l’obscurité pour se faufiler entre les barreaux. Il court à perdre haleine au cœur de la forêt pour échapper aux soldats qui le talonnent. Mais bientôt sonnent le tintement de la crécelle et la mélodie du basson dans la plaine. Caché dans les fourrés, le jeune ogre aperçoit une curieuse procession composée d’êtres étranges : nains, haridelles, mendiants, califes, bouffons …. Leur chant raconte leur mésaventure, ils étaient cent vaillants soldats qui aux douze coups de minuit ont été transformés en rats, chiens et doryphores par une terrible sorcière. Ivres de vengeance, ils ont réussi à attraper la fille de la magicienne qu’ils veulent brûler vive sur un grand bûcher. A la vue de la jeune fille en cage, le cœur du jeune ogre bat la chamade et par esprit de solidarité et peut-être un peu plus, il profite, de la pagaille engendrée par la rencontre des soldats et de l’étrange procession, pour libérer la belle et jeune sorcière. L’amour leur fait pousser des ailes. Ils échappent à leurs poursuivants et trouvent refuge dans une grotte au coeur de la forêt où leur amour dure depuis de nombreuses années. Leurs enfants sont trois petits êtres ailés mais seront-ils ogres ou sorcières ? Le récit est savoureux. Le texte est ciselé et les rimes sont un plaisir à lire et à entendre. Le vocabulaire moyenâgeux est pertinent. Le thème de la filiation et des préjugés est savamment travaillé tout au long de l’album. Les illustrations présentées comme un théâtre d’ombres chinoises sont très originales. Noir sur fond blanc, elles permettent toutes les interprétations. De multiples détails anachroniques ou burlesques sont à débusquer comme des casques de samouraïs pour les soldats, des trottinettes, un appareil photo, un camescope, un serpent en laisse, un varan magicien, des tortues voltigeuses et bien d’autres encore. La faune et la flore sont des éléments majeurs de ce récit graphique. Ils sont les témoins de la folie meurtrière des hommes. D’ailleurs dans cet album, les ailes de papillon sont des yeux ! La graphie est raffinée. Les lettrines sont magnifiques. Cet album très élaboré utilise le merveilleux pour traiter de problèmes sociaux d’actualité ! Original et jubilatoire. Dès 8 ans.

mercredi 16 octobre 2013

Avril, le Poisson rouge – M.Leray – 40 p. - Actes Sud Junior – 2013 – 11.50 €


Je vous ai déjà présenté un ouvrage de Marjolaine Leray que j’affectionne particulièrement un petit Chaperon rouge ici. Nous le lisons régulièrement avec MoyenMoyen. Nous étions donc impatients de découvrir ce nouvel album qui nous a sauté aux yeux à la librairie avec sa couverture rouge. Dès que nous nous sommes approchés MoyenMoyen s’est exclamé « Déjà j’aime bien la tête du poisson ». Moi aussi je trouvais que ce poisson « Avril » avait une trombine qui nous promettait une belle lecture. Avril est un poisson rouge dramatiquement philosophe. Il se demande s’il doit « être ou arrête ». Après une adolescence difficile, il sait maintenant que ses parents aqualiques sont la source de ses maux et de ses troubles existentiels. Avril frôle parfois la dépression mais il décide d’affronter la dure réalité du bocal et de se remonter les nageoires pour vivre la vie dont il rêve ! Dès notre retour à la maison, MoyenMoyen a exigé m’a gentiment demandé de lui lire l’album. A la première lecture, j’ai eu du mal à rendre le récit compréhensible tellement je riais. J’ai dû expliquer certains passages à MoyenMoyen qui n’avait pas compris des jeux de mots. Nous l’avons lu dix soirs d’affilée … Je vous assure j’ai compté ! Et même au bout de toutes ces lectures, il en réclamait encore (et moi aussi d’ailleurs !). Puis il a décidé de le présenter à sa classe. Il réserve ce privilège à ses livres préférés. MoyenGrand et GrandGrand l’ont lu et ils ont aussi beaucoup ri. A 11 et 12 ans, ils ont compris toutes les subtilités et tous les jeux de mots de l’album. Ils ont été sensibles au ton corrosif, au style piquant et au second degré très pertinent. Les illustrations sont caractéristiques du style graphique de Marjolaine Leray. Les crayonnés en bataille, les effets de plan et de zoom sont très réussis. La palette de couleur restreinte donne du relief et du sens à chaque détail. Il me semble que tous les rapports texte/image sont utilisés. Parfois l’auteur joue sur la répétition ou la complémentarité, parfois elle renforce le rapport de contradiction ou de disjonction. Ces alternances de liaison portent à mon sens toute l’intelligence de cet album. Un gros coup de cœur ! Dès 6 ans.
Si vous souhaitez en savoir plus sur l’auteur, le site de Marjolaine Leray : ici !

AMAZON



 

dimanche 13 octobre 2013

Pico Bogue : la vie et moi, tome 1 – D.Roques/A.Dormal – Dargaud – 2011 – 12 €


Cette bande dessinée n’est jamais loin de mon lit. Je la lis souvent par extrait les soirs chagrins ou un peu chafouins. C’est le récit d’une famille composée de Pico 7 ans, Ana Ana 5 ans et de leurs parents. Pico et Ana Ana sont des enfants particulièrement éveillés et curieux. Ils sont intelligents, vifs et très bavards. Dans ce premier volume, ils apprennent que pour la première fois leurs parents vont les confier à leur oncle Antoine. Ils se sentent abandonnés et trahis. Ils ne supportent pas que leurs parents vivent sans eux. Ils se liguent pour les faire revenir sur leur décision de vacances en amoureux. Leurs propos sont pertinents et parfois cinglants. Ils créent des situations cocasses pour tester le seuil de tolérance parentale. Ils retournent toutes les situations à leur avantage et s’arrangent pour déstabiliser les méthodes éducatives de leurs parents. Leurs grands-parents sont aussi des cibles de choix. Papite et Mamite ont besoin de toute leur patience pour clore le bec de leurs deux terribles petits-enfants. Cet album est composé de courtes scènes de vie quotidienne. Certains dialogues sont cocasses, d’autres sont plus troublants et d’autres encore me plongent dans des cogitations sans fin. Effectivement certaines scénettes invitent à la réflexion. Pico et Ana Ana nous entraînent sur les chemins de la philosophie. On ne peut être qu’admiratifs de l’espièglerie et de la capacité de discernement de ces deux chenapans mais j’avoue que je ne souhaite pas avoir des enfants aussi intelligemment précoces. Je comprends les poses souvent avachies des parents, ils sont dépassés et épuisés. Les illustrations sont fines et pleine de détails. La variation des tailles de dessins donnent un rythme à la lecture de cet album. Je retrouve les quatre tomes de cette série un peu partout dans la maison. Au salon, dans la salle de bains, dans les chambres … GrandGrand, MoyenGrand et leur père se les chipent sans cesse. Avec GrandGrand, nous avons une scène favorite que nous jouons parfois : la partie d’échecs … Un album à partager dès 8 ans !

mercredi 9 octobre 2013

Les Gouttes de Dieu – T.Agi/S.Okimoto – 224 p. - Glénat – 2008 – 9.15 €


J'aime le vin. Le rouge de préférence plutôt Bordeaux mais aussi Bourgogne. Mon palais apprécie aussi les vins italiens aux noms qui chantent. Je sais choisir mes bouteilles et mes crus seule mais j'avoue que mes choix se limitent à quelques noms de vignoble. Depuis deux ans, je n'offre plus de vin. Je préfère offrir ce manga qui est une source de connaissances incroyables sur le vin, les cépages, les crus, les millésimes et la vigne. Même si je ne pense pas faire carrière comme oenologue, je garde précieusement les annexes des différents tomes pour enrichir mon bagage pinardesque. Quant au manga en lui même, il offre un récit de quête sous forme d'enquêtes. Shizuku Kanzaki vient d'apprendre la mort de son père, le célèbre oenologue Yataka Kanzaki. Les deux hommes n'étaient pas très liés mais Sihzuku est affecté par la disparition de son père qui lui avait caché sa maladie. A l'ouverture du testament, il est de nouveau consterné par les révélations de maître Kiryu, avocate et dépositaire du testament : pour hériter de la cave mondialement connue de son père, il devra découvrir 12 grands vins décrits dans le testament. Il devra nommer le vin et le millésime. Cette recherche sera réussie s'il découvre le 13ème vin, le vin jugé idéal par son père qu'il a baptisé « Les Gouttes de Dieu ». Non seulement Shizuku a un an pour résoudre ses treize énigmes mais il doit aussi affronter un adversaire de taille : un oenologue réputé : Issei Tomine que son père a adopté juste avant sa mort. Shizuku comprend que son père a voulu l'obliger à s'intéresser à l'oenologie en lui imposant cette compétition. Il voulait que son fils développe les mêmes capacités que lui en le soumettant dès son plus jeune âge à une éducation sensorielle intense. Malgré cet éveil précoce Shizuku ne s'est jamais intéressé aux vins, il est devenu un jeune homme sans histoire et sans talent particulier … Il va donc devoir faire ressurgir tous ses souvenirs d'enfance, toute la formation gustative, olfactive et visuelle transmise par son père. Il se révèlera à lui et aux autres comme un homme plein de ressources ! Cette série de 27 tomes (oui je sais !) est un vrai plaisir à lire car c'est un manga réussi et un documentaire pertinent. Ce manga se lit de droite à gauche. Il faut quelques pages pour s'habituer mais avec ce mode d'emploi (à imprimer), vous oublierez vite la contrainte et vous pourrez le déguster sans modération ! Dès 14 ans.

mardi 8 octobre 2013

La Prédiction – A.Hoffman – 160 p. - Gallimard jeunesse – 2006 – 8.15 €


Dans un autre monde ou peut-être dans un passé lointain, une communauté de femmes, semblables aux amazones, vit en tribu. Ces femmes sont de redoutables guerrières. Dès leur plus jeune âge, elles s’entraînent aux diverses formes de combat : lance, masse, arc... Cavalières émérites, elles font corps avec leurs chevaux. Leurs talents permettent à ces femmes d’être une tribu invaincue jusqu’alors. Les autres clans les considèrent comme des monstres mi-femme mi-cheval. D’ailleurs l’attribution d’un cheval à 13 ans marque le passage à l’âge adulte et donc au statut prestigieux de guerrière pour les meilleures d’entre elles. Ces femmes forment une communauté nomade qui fonde sa cohésion sur les interactions entre castes : les prêtresses, les gardiennes des abeilles, les guerrières … Cette société matriarcale suit des règles strictes d’obéissance à la Reine. Le pouvoir naît dans le ventre des mères qui le transmettent à leurs filles. Les hommes sont exclus de cette tribu. Ils sont considérés comme des sauvages, des ennemis à tuer, qu’ils viennent des territoires du Nord ou des villes de pierre de l’Ouest. Lors de leurs victoires, ces amazones sélectionnent les plus valeureux pour les garder prisonnier afin d’en abuser quelques nuits pour procréer leurs filles. Malheureusement Pluie, l’héroïne n’est pas née de cette tradition ancestrale qui légitime la filiation maternelle. Pluie est née d’un viol collectif. Sa mère Alina est la Reine de la tribu mais elle déteste sa fille. Elle ne l’a jamais regardée, ne l’a jamais portée dans ses bras. Elle laisse les différentes représentantes des castes éduquer Pluie. Alina exige que sa fille soit la meilleure pour monter sur le trône d’os et de pierres de rivière. Pluie est versée dans la divination. Elle est une cavalière extraordinaire et une guerrière héroïque. Sans un mot échangé en treize ans, la fille attend un encouragement, un simple regard de reconnaissance mais Alina ignore sa fille qui pourtant devient une femme et se prépare à lui succéder. Pluie n’apprend pas le pouvoir par imitation ou en suivant les conseils de sa mère. Elle est seule. Elle observe sa mère à la dérobée pour comprendre la stratégie guerrière et les rouages du pouvoir. Elle sait que son destin l’obligera à devenir féroce, brutale, intransigeante pour garder le pouvoir et perpétuer les victoires de son peuple. Au fil des années le corps de Pluie se couvrent des traditionnels tatouages bleus symbolisant ses réussites et ses exploits. Elle pense être prête à monter sur le trône mais d’étranges rêves et des rencontres bouleversantes vont compliquer ses projets ….Lorsque j’ai refermé ce livre, j’ai tout de suite cherché le tome 2. Malheureusement j’ai dû me contenter de ce seul et unique roman. De nombreuses thématiques sont abordées comme l’homosexualité, le racisme, la filiation, l’esclavage et le viol. Les descriptions sont parfois brutales et sanglantes à l’image de cette époque imaginaire rythmée par les guerres. Pluie est un personnage dont l’évolution psychologique est intéressante. Malgré les difficultés et l’opprobre de sa tribu, elle écoute ses convictions et devient une femme libre et fière. J’ai aimé ce roman sombre qui incite à la réflexion sur l’image de la femme. J’ai vibré aux descriptions des combats et des techniques guerrières mises au point par ses femmes. Les traditions autour de la vie et de la mort sont travaillées avec subtilité. La lecture est exaltante et complètement dépaysante. GrandGrand a lu ce roman. Il a apprécié les grands espaces, le nomadisme et la force de ses héroïnes légendaires. Je le conseille donc à tous les lecteurs dès 13 ans.

lundi 7 octobre 2013

Amulet – K.Kibuishi – 185 p. - Akileos – 2008 – 12 €


Suite au décès tragique de son mari, Karen décide de s’installer à la campagne. Elle souhaite aider ses enfants, Emily et Navin, à faire le deuil dans leur père en les éloignant des souvenirs douloureux. La vieille maison héritée est en piteux état. Ils doivent se remonter les manches pour effectuer un grand ménage. Balai à la main, Emily s’égare un peu dans cette nouvelle demeure. Elle découvre la bibliothèque de son célèbre aïeul Silas Charnon. Cet arrière grand père avait la réputation d’être excentrique. En tout cas, il était un inventeur reconnu. Sa bibliothèque regorge de carnets et de livres contenant de nombreuses esquisses d’engins volants, de robots et d’objets étranges. Emily s’arrête devant un pupitre où un manuscrit ouvert dévoile des plans. Elle referme le volume qui révèle une empreinte de main taillée sur le plateau du meuble en bois. Malgré les conseils de son petit frère Navin, Emily pose sa main sur l’empreinte. Elle ressent une vive douleur au doigt.. Son son sang perle goutte à goutte. A cet instant, le plateau bascule et un collier avec un pendentif apparaît à la place du manuscrit. Navin est mal à l’aise. Il se sent observé. Malgré ses coups d’œil furtifs, il n’aperçoit pas l’ombre tapie dans l’obscurité. Emily enfile le collier en faisant promettre à son frère ne pas dévoiler leur secret à Karen, leur mère. Au milieu de la nuit, ils sont tous les trois réveillés par un bruit sourd provenant de la cave. Karen descend pour rassurer ses enfants. Malheureusement, quelques minutes plus tard, Emily et Navin entendent les cris de leur mère au sous-sol. Sans hésiter, ils courent à la cave. D’étranges phénomènes lumineux apparaissent … Ils sont attaqués par un monstre pieuvre qui garde prisonnière leur mère dans son abdomen cage. Malgré leur lutte, Navin est avalé. Emily est déjà entourée de tentacules quand par magie et grâce à la pierre de son collier, elle blesse le monstre qui fuit immédiatement. Aidé par sa sœur, le jeune Navin parvient à se hisser par un orifice du monstre et à s’échapper de l’abdomen cage. Les deux enfants le poursuivent et malgré leur course effrénée, ils le perdent de vue. Ils comprennent rapidement qu’ils ont atteint un autre monde et qu’ils sont perdus. La pierre d’Emily lui prodigue alors des conseils précieux et lui indique le chemin pour trouver refuge auprès de leur aïeul Silas. Il saura les aider pour retrouver et sauver leur mère … En quelques heures, Emily apprend qu’elle a été choisie par son arrière grand-Père pour devenir Gardien de la Pierre afin de sauver un monde qui est désormais le leur …Heureusement, j’ai eu la bonne idée d’emprunter les cinq volumes à la bibliothèque. Je ne suis pas déçue d’avoir sacrifié une carte complète de prêt pour cette découverte. Dès les premières pages, j’étais happée. Le suspens est intense. Le rythme est trépidant. Les émotions s’enchaînent. La peur et l’angoisse sont savamment dosées. Les flashbacks permettent de comprendre tous les enjeux de la mission d’Emily et des Gardiens de la Pierre. La quête d’Emily se complexifie au fur et à mesure des tomes. Les personnages sont fouillés et offrent tout un panel d’identifications. Le thème de la filiation et de l’hérédité sont développés avec intelligence. Les illustrations rappellent les caractéristiques des albums manga. Les doubles pages de paysage sont fabuleuses et permettent de s’évader ! J’ai apprécié de retrouver toute une culture fantasy : les œuvres de Miyazaki sont présentes tout au long des mille pages de cette série comme la maison dans le ciel, la cabane de Porco Rosso, le château ambulant … J’ai aussi retrouvé le thème du robot géant comme Goldorak. La Pierre magique rappelle l’Anneau de J.R.R. Tolkien. J’avais l’impression de suivre les inspirations de Kazu Kibuishi. Il a su se les approprier avec talent pour nous offrir un monde « merveilleux » ! Nous sommes quatre à avoir lu cette série à la maison, MoyenGrand, GrandGrand, mon mari et moi. Vote unanime à main levée, meilleure série de bande dessinée pour le premier semestre 2013 ! Certains scènes sont rudes, je le conseille donc aux enfants à partir de 12 ans vraiment.

dimanche 6 octobre 2013

Ma tête à moi – X.L.Petit – 88 p. - Ecole des Loisirs – 2011 – 8.80 €


A l’épicerie italienne, Janin est apostrophé par l’épicier qui lui dit qu’il doit être fier de ressembler autant à son Papa. Janin est gêné de cette remarque car ce n’est pas son père qui l’accompagne mais son Oncle Jean, le frère de son père. Cette observation anodine de l’épicier ne cesse de tourner dans sa tête. Arrivé dans sa chambre, il s’observe avec attention dans le miroir. Il est blond. Ses cheveux sont fins. Sa pilosité est très discrète. A l’heure du déjeuner, il détaille son père. Celui-ci est brun. Sa chevelure pousse drue. Son cou et ses mains sont couverts de poils. Son menton arbore une fossette très prononcée. Tout comme Clovis, le cadet de la famille qui est le portrait craché de son père. Janin envie Clovis. Il aimerait trouver des ressemblances entre lui et son père. Malheureusement il ne ressemble pas à ses parents. Janin imagine que sa mère à peut-être eu une liaison avec l’oncle Jean avant de se marier avec son « faux » père. Peut-être aussi que ses parents l’ont adopté ou bien acheté au supermarché des bébés ? Janin imagine mille situations qui l’angoissent et le terrorisent au fond de son lit. Cause ou conséquence de ces nœuds de cerveau, Janin est terrassé par une forte fièvre qui le cloue au lit. Au repos forcé, il est seul dans l’appartement pour toute la journée. Obsédé à l’idée de ressembler à son père, Janin décide de forcer la nature …Ce roman est très drôle. Le passage concernant le supermarché à bébé vendu au poids est à tomber à la renverse de rire. Janin est un personnage aimable et crédible. Le thème de la filiation est traité avec justesse. A chaque réunion de famille, les enfants ont droit au laïus des proches sur les ressemblances réelles ou fantasmées. Il peut être difficile pour un enfant de ne pas ressembler à ses parents. Ce roman permet d’aborder ces notions de transmissions génétiques avec humour. L’hérédité n’est pas toujours simple à expliquer. La conclusion de ce roman permet aussi de rappeler que ce sont l’amour et les liens affectifs qui créent une famille ! Les allèles dominants n’ont qu’à bien se tenir ! Dès 9 ans.

jeudi 3 octobre 2013

Chez un père crocodile – M.Doray – 32 p. - MeMo – 2012 – 12.20 €


Depuis que j’ai lu cet album, je l’offre souvent en cadeau de naissance ou en cadeau d’anniversaire pour un futur Papa. Cet album est un vade-mecum à destination des enfants. Ils pourront trouver la composition précise et exacte d’un papa ! Un papa se constitue de l’enfant qu’il a été, des voyages qu’il a effectués, des chagrins qu’il a traversés et de beaucoup des tempêtes qu’il a surmontées. Ce guide précieux indique ainsi à l’enfant qu’il a le choix de ressembler à son père ou non. Il peut s’imprégner de ce qui lui convient chez son aîné ou de ce qui le rend fier de son père. Comme me l’a fait remarquer MoyenMoyen, le père est un crocodile alors que le petit est un enfant. Je pense que Malika Doray souligne l’image de la fonction paternelle dans la construction d’un enfant que ce lien soit biologique ou non. Les illustrations douces enrichissent ce bel album. Tout au long de ce livre, on peut suivre le parcours du manteau du père crocodile comme une allégorie. A la première page, l’enfant porte le manteau de son père comme une cape pour jouer au chevalier. Puis le père crocodile revêt son manteau lorsque l’album remonte le cours de sa vie. A la fin de l’album, le Père recouvre son petit avec le manteau pour le tenir au chaud pendant la nuit. A la dernière page, l’enfant se lève et utilise le manteau de son père comme d’un baluchon. Ce manteau symbolique rassemble et protège ce qui fait que l’enfant est lui, un et unique. Il a su se libérer de son père, il ne le porte pas comme un joug sur ses épaules. Il utilise le manteau pour partir, pour se détacher, fort de l’amour que lui porte son père . Beaucoup de douceur et de poésie se dégagent de ce livre. J’ai été sincèrement émue et je pense que ce livre est un ouvrage que mes enfants aimeront lire et relire à différents âges … Dès 2 ans.

dimanche 29 septembre 2013

Nausicaä – H.Miyazaki – 134 p. - Glénat – 2009 – 10.75 €



Je porte une admiration sans borne à Hayao Miyazaki. Ces films d'animation sont à mon sens des chefs-d'oeuvre. A chaque visionnage, je trouve des cheminements nouveaux, des concepts innovants, des voies de réflexion inexplorées. Je suis fan, à genou ! J'ai vu Nausicaä de nombreuses fois accompagnée ou non de mes fils. Ce film les a intéressés à 6 ans, à 8 et toujours à 12 ans. Je ne peux que vous conseiller de le voir et tous les autres sans exception. Cette série de manga Nausicaä de la vallée du vent a d'abord été publiée dans la revue Animage. Son succès a permis la création du studio Ghibli et l'adaptation de cette série en film en 1984. Dans ce récit post-apocalyptique, la Terre est dévastée. Elle est recouverte d'une forêt toxique : la mer de la décomposition. Cette forêt de bactéries empoisonnées répand des vapeurs et des spores mortels pour les hommes. Seuls les insectes sont capables de survivre dans cette jungle nocive. Ils se sont adaptés et sont devenus de gigantesques arthropodes. Les hommes vivent en petits villages isolés. Installés sous les vents marins pour se protéger des vapeurs toxiques, ils n'ont de cesse de se combattre pour gagner du terrain et asseoir leur puissance. De nombreuses alliances militaires associent ces tribus en deux camps que tout oppose : l'empire Tolmèque et l'empire Dork. Les populations décroissent au fil des années et malgré leurs masques et leurs techniques de protection contre les spores, peu de jeunes habitants atteignent l'âge adulte. Le Roi Jill de la Vallée du vent est mourant. Sur ses onze enfants, dix sont décédés. En ces temps de mobilisation militaire, le Roi Jill confie ses armes à sa fille devenue unique : Nausicaä. A 16 ans, elle porte tous les espoirs de son père et des quelques cinq cents habitants de la Vallée du vent. A quelques jours du départ pour rejoindre les troupes de l'empereur Vuh, Nausicaä, accompagnée de son oncle Mito, porte secours à un bombardier en détresse. Tous les passagers meurent dans le crash de l'appareil. A la recherche de survivants, ils réussissent à extraire une jeune femme des débris. Mito reconnaît immédiatement la Princesse Lastel du comté de Pejite. Avant de mourir, Lastel confie à Nausicaä une fiole. Son dernier souffle est un voeu, elle lui demande de protéger cette fiole et de l'apporter à son frère. Nausicaä est désormais investie d'une double mission : protéger la population de la Vallée du vent dont elle a la responsabilité et rendre la mystérieuse fiole de la Princesse Lastel à son frère, le Prince de Pejite. En quelques heures, Nausicaä quitte l'enfance. Elle devra affronter les gardes impériaux qui envahissent les terres de la Vallée du Vent à la recherche de la fiole de Pejite. Sa colère et sa détermination seront des éléments déclencheurs d'une transformation profonde de sa personnalité et de son être. Elle dépassera les enjeux des guerres intestines pour convaincre les hommes de vivre en harmonie avec la nature. Nausicaä ne craindra pas la métamorphose pour se révéler à elle-même et aux autres à l'image de cette nature dont elle est la gardienne. Le récit est complexe et peut nécessiter plusieurs lectures mais c'est avec plaisir que GrandGrand et moi avons replongé dans cette fukaï. Le manga est réalisé en noir et blanc. Parfois, il est difficile de reconnaître les personnages. Je pense que ces ressemblances ne sont pas dues au hasard. Je conseille de lire la série Nausicaä en s'appuyant sur le film d'animation. Les réceptions de ce manga sur les deux supports se complètent et enrichissent la perception de cette oeuvre poétique et philosophique. Dès 12 ans.
 


lundi 23 septembre 2013

Mauvaise graine – O.Charpentier – 144 p. - Gallimard jeunesse – 2010 – 7.50 €

Jeremy est un jeune garçon sans histoire. Il vit à la campagne entouré par une famille aimante. Sa mère est couturière et son père est ouvrier. Sa grande soeur Elisabeth est une jeune étudiante brillante qui prépare les plus hauts concours administratifs à Paris. Depuis quelques mois, Jeremy se rend compte qu'il ne sait pas ce qu'il attend de la vie et que celle-ci le lui rend bien … Il n'a aucun talent particulier, il n'est pas bon élève, il est petit, il n'est pas beau, il n'est pas curieux, il n'est pas enthousiaste. En un mot, Jérémy traverse une phase difficile de l'adolescence. Depuis tout petit, il est jaloux de sa soeur si douée et si studieuse. Il a honte de sa mère qui a un léger accent quand elle parle. Cette femme issue de l'immigration s'est pourtant parfaitement adaptée et intégrée dans leur petit village. Il ne supporte plus les manières de son père qu'il juge grossières. Son père parle fort, mange beaucoup et se permet quelque fois des blagues un peu rustres. Jérémy les déteste et se déteste. Il ne veut plus de cette petite vie qu’il juge minable. Heureusement il peut compter sur ses amis d'enfance Raphaël, Léopoldine et Sarah, pour dépasser son dégoût, de la vie qu'il a eu, de la vie qu'il mène et de cet avenir qui l'attend ! Complètement égocentré, Jérémy se rend quand même compte que quelque chose cloche lors du repas de Noël. Sa soeur n'arrête pas de parler tout en grattant des plaques d'eczéma dissimulées sous ses cheveux, sa mère est muette mais ses yeux sont remplis de larmes et son père mange avec tellement d'appétit et de voracité que Jérémy se demande si ce n'est pas son dernier repas. Il ne croit pas si bien dire ! A quelques jours de la nouvelle année, Jérémy va devoir trouver la force d'affronter de terribles réalités. En grandissant, Jérémy réalisera qu'il est le seul capable d'impulser un sens à sa vie. Il quitte le monde de l'enfance pour devenir quelqu'un de bien malgré toute la mésestime qu'il a de lui. Ce héros, en demi-teinte, permet de s'identifier à un adolescent banal mais néanmoins épatant. Il n'a pas de supers-pouvoirs, il n'est pas destiné à réussir une quête pourtant on sait qu'il va devenir un homme bien et épanoui comme son père. Le personnage du père m'a noué la gorge. Il représente tant de dignité et de force qu'il est impossible de ne pas batailler avec lui. J'ai vraiment apprécié les liens parfois silencieux qui unissent cette famille. Contre vents et marées, chacun reste digne et droit tout en épaulant les autres membres du clan. Les personnages secondaires sont aussi très aboutis comme Mme Branchu que je me représente très bien grâce à des descriptions qui touchent. Les dialogues sont subtils. L'écriture est fine et délicate. Les métaphores sont inventives. Un rythme est installé grâce à de belles phrases suggestives qui nous permettent de suivre la maturation de Jérémy. Des jeux de mots, des clins d’œil ingénieux jalonnent ce beau roman (le thème du noyer particulièrement). Ce livre est à insérer dans toutes les PAL (piles à lire) des jeunes. L'adolescence est au coeur de l'histoire. Toutes les embûches de ce territoire inconnu sont abordées : le manque d'estime de soi, les difficultés de communication, la délicate filiation, les cours, les aléas de la vie amoureuse et des premières fois. Dès 14 ans.

dimanche 22 septembre 2013

Le Worldshaker – R.Harland – 368 p. - Hélium – 2010 – 15.20 €

 
Ce livre est un roman steampunk endiablé ! Dans un autre monde, la Terre est désertée. La majorité de la population mondiale est réfugiée sur d’immenses navires-nations. Sur le Worldshaker, l’empire britannique vit depuis plusieurs centaines d’années. Ce bateau abrite plus de 12 000 habitants. Les 53 ponts sont divisés en castes. Le poste de commandement et les nobles vivent dans les niveaux supérieurs. Les commerçants et les artisans sont regroupés sur les quelques niveaux au dessus du niveau de la mer. Les cales du navire emprisonnent les Immondes, êtres mystérieux qui alimentent en charbon les nombreuses chaudières. Sur ce paquebot gigantesque construit en 1845, l’histoire s’est arrêtée au XIXème siècle. La Reine et le Prince consort officient comme à la Cour d’Angleterre. Le thé est servi à 17h. Les riches prospèrent et se reçoivent dans leurs salons. Ils sont servis par des Larbins exploités jusqu’à leur dernier souffle. Cette autorité royale n’est qu’un gouvernement de façade car le seul et véritable maître à bord est le commandant Sir Mormus Porpentine. Il détient les clés de la salle des machines. Le roman commence par le choix de Sir Mormus pour sa succession : son petit-fils : Colbert Porpentine. Colbert est un jeune homme de 16 ans. Studieux, discipliné, il est l’enfant prodige de cette famille très influente. Une nuit, il est réveillé par un bruit dans sa cabine. Il entend des pas pressés et des cris dans la coursive. Une patrouille frappe à sa porte. Les soldats sont inquiets car une Immonde a réussi à s’échapper de la salle de transformation. Elle se cache dans les méandres des ponts supérieurs. Colbert se recouche et se demandant ou se trouve cette salle de transformation et quelle est son utilité … En se rendormant, il se rappelle que ce qui l’a réveillé n’est pas le bruit des soldats mais un bruissement beaucoup plus proche. Son cœur s’affole. Il saute de son lit et soulève sa courtepointe : deux grands yeux l’observent. L’Immonde est là, à quelques centimètres de lui. Colbert a peur. Il ne connaît rien de ces êtres vils. L’Immonde le supplie de le cacher afin d’échapper aux soldats, aux matraques et à la mystérieuse chambre de transformation. Le jeune Col est abasourdi, en quelques secondes, il apprend que les Immondes semblent humains, qu’ils parlent et qu’ils sont sexués. Vêtue de haillons, Col devine que l’Immonde est une jeune femme de son âge ou presque. Elle est vive et athlétique. Ses grands yeux expressifs subjuguent Colbert qui reste planté aux pieds de son lit. La jeune femme en profite pour se cacher dans l’armoire en entendant les pas des soldats qui se rapprochent … Les 368 pages, de ce roman, contiennent tout un monde, toute une nation et toute une histoire. Le Worldshaker va dévoiler d’horribles secrets, une belle histoire d’amour, un mariage, une révolution. Ce bateau porte bien son nom même s’il est destiné à en changer pour devenir le Liberator. Les personnages de Colbert et Riff sont touchants, particulièrement Riff l’indomptable et la combattante hors-pair. Les personnages mineurs, la grande sœur Gillabeth et Antrobus le petit frère de Colbert se révèlent tout au long du récit. Le Mégalonef est personnifié, il semble vivre au rythme trépidant des révoltes et secrets de ses habitants. Ce roman est accompagné de plan et d’un descriptif détaillé du navire. Cette histoire en huis-clos rappelle l’album Golden City et Méto. Les conditions de vie des Larbins et des Immondes ne pourront qu’interroger le lecteur sur notre propre époque et l’actuelle situation mondiale. J’ai apprécié la réflexion sur la vie des femmes et l’inévitable cantonnement de ces dernières à des rôles de mère et d’épouse : la situation n’aurait-elle pas changé depuis 1845 ? Je félicite les éditions Hélium pour le design et la présentation graphique de cet excellent roman. Dès 11 ans pour les « gros » lecteurs.
 
 

samedi 21 septembre 2013

Un dîner entre amis – V.W.Giuliani/C.Chavenaud – 34 p. - Eponymes – 2012 – 9.50 €

 
Grégoire est un jeune loup affamé. Il erre dans la forêt à la recherche d’une petite chose à croquer. Au détour d’un arbre, Grégoire rencontre le petit Chaperon rouge ! La petite fille au panier lui dit tout de suite qu’elle connaît l’histoire et qu’elle ne s’en laissera pas conter ! Grégoire, mal à l’aise, lui explique qu’il n’est que le petit fils du grand méchant Loup. Elle doit avoir confiance en lui car malgré la ressemblance avec son aïeul et la faim qui lui broie le ventre, il ne va pas la manger : l’adage tel père, tel fils est complètement dépassé. Attendri par les gargouillements du ventre de Grégoire, le petit Chaperon rouge lui propose de venir dîner chez Mère-Grand. Main dans la main ou plutôt main dans la patte, ils marchent de concert sur le chemin qui mène à la maison de Mère-Grand. Bientôt les voilà arrêtés par les trois petits Cochons qui tremblent devant les dents pointues du Loup. Après quelques explications et une invitation en règle, ils sont maintenant cinq à rire en avançant dans la forêt. La route est longue avant de tirer la chevillette et nos amis vont rencontrer tous les protagonistes célèbres qui ont eu affaire au(x) loup(s) : la Chèvre et ses sept chevreaux, celle de Monsieur Seguin, Pierre. Quelle assemblée chez Mère-Grand ! Autour d’un bon repas auquel chacun à contribuer, Grégoire et ses nouveaux amis se régalent ! Cet album offre un récit original de pérégrination. Les nombreux personnages rencontrés invitent l’enfant à découvrir les contes fondateurs de la littérature jeunesse. Il permet aussi de briser l’image du loup carnassier et dangereux car le jeune Grégoire est vraiment croquant craquant. Ce livre ouvre aussi le dialogue sur la filiation et sur les ressemblances familiales. Le vocabulaire est riche et propose de nombreuses expressions et jeux de mots. La typographie est soignée. Elle évolue au cours du récit pour être au plus près des dialogues et des aventures du héros. Les illustrations sont originales. Elles mêlent habilement les crayonnées, les collages et les applications numériques. Les couleurs sont restreintes mais affirmées et travaillées sur les tons de rouge, rose, ocre et gris. Une belle découverte ! Dès 5 ans.
Je remercie Monsieur de Tarlé des Editions Eponymes pour l’envoi de cet ouvrage.
 
AMAZON
 

jeudi 29 août 2013

Drôle d’œuf – E.Gravett – 20 p. - Kaléidoscope – 2008 – 12.70 €


Aujourd’hui tous les oiseaux ont pondu un œuf … Tous sauf canard ! Quelle hantise pour Canard. Il se sent exclu du groupe des couveurs. Heureusement, il trouve un très bel œuf au bord de la mare : blanc, gros et moucheté de vert. Notre colvert trouve que son œuf est le plus bel œuf de la couvée des oiseaux. Grimpé sur le dessus de son œuf pour le couver, Canard est la risée des piafs de son entourage. Son œuf est vraiment énorme ! Tous les œufs éclosent les uns après les autres et chaque petit rejoint son parent pour un câlin. Malheureusement l’œuf de canard reste irrémédiablement clos ! Mais bientôt un doux bruit de craquement se fait entendre ! J’apprécie beaucoup les albums d’Emily Gravett. Ces livres sont toujours pensés dans leur globalité : le livre est appréhendé aussi comme un objet à explorer. Les illustrations sont soignées et pleines de détails malicieux. Dans Drôle d’œuf, les découpes de pages soulignent les éclosions à répétition et mettent en mouvement les retrouvailles parents-enfants. Le flamant rose déborde littéralement de l’album et laissent à l’enfant toute liberté pour imaginer le reste de cet échassier. L’effet de surprise est très réussi et provoque le rire des petits et des grands. Cet album est une belle revanche sur l’histoire du Vilain petit canard car notre colvert sera un parent reconnu par sa descendance farfelue !
 




Si vous souhaitez rencontrer un vrai caméléon, n’hésitez pas à lire :
Caméléon bleu – E.Gravett – 24 p.
Kaléidoscope – 2010 – 12.05 €



 

dimanche 26 mai 2013

Mon Arbre – I.Green – 40 p. - Didier Jeunesse – 2013 – 12.90 €

Un enfant, éclos d’un cocon, nous raconte son histoire et ses aventures pour trouver un refuge accueillant. Il nous présente son arbre qui était là bien avant sa naissance. Sa branche était aussi le refuge d’un jeune chat qui devient son meilleur ami et son compagnon d’aventures. A eux deux, ils se mettent en quête d’un refuge, d’une maison, d’un lieu hospitalier et chaleureux. Malheureusement, le trou de la chouette est trop étroit pour trois, les oiseaux ne veulent pas partager leur nid avec un chat, le terrier des loirs est trop sombre et leurs copains les papillons n’ont pas de maison. Heureusement, l’enfant est courageux et débrouillard. En descendant de son arbre, il trouve une maison parfaite. Une paire de bras qui le rassure, une poitrine qui le réconforte, un cœur qui bat pour lui et un visage bienveillant qui lui sourit ! Cette femme accueille chat et enfant, tous deux lovés contre elle sur un coussin-nid aussi rouge qu’un cœur qui bat. Le récit, construit comme une comptine, fait rimer et sonner les mots. L’harmonie texte/image et la synchronisation permettent aux enfants de vivre l’histoire étonnante de ce jeune enfant. Son cocon ressemble autant à un chou, qu’à une rose mais il n’est aucun des deux, ce cocon est unique. Les illustrations sont merveilleuses. Les couleurs vives sont chatoyantes. Le trait caractéristique d’Ilya Green est un plaisir. Les joues de l’enfant sont à croquer et ses différents essais de maison permettent aux enfants de ressentir l’étroitesse, l’obscurité, le dedans, le dehors … Lorsque l’enfant décide de quitter son arbre-abri, la tourne de page donne l’illusion d’une continuité entre les branches et les bras protecteurs de la femme-refuge. D’ailleurs sa robe arbore les mêmes couleurs que l’arbre, et les feuilles dessinées rappellent la ramure de celui-ci. Si certains y voient une métaphore de la filiation, ma première impression a été celle de l’adoption. Cet enfant est né dans un ailleurs inconnu et mystérieux. Après bien des essais, il trouve enfin une femme qui l’aime et qui le reconnaît comme sien … C’est souvent le grand talent des albums majeurs, nous y lisons tous une histoire différente, nous projetons une part de ce que l’on est et nous construisons notre propre histoire …Ilya Green est mon illustratrice de ce début d’année 2013. Avec Emmanuelle Houdart, elles m’offrent ainsi qu’à mes PetitsProches des heures de lecture enrichissante et savoureuse. Je cherche toutes ses œuvres. Je vous conseille aussi Bou et les trois zours et Marre du rose ! Dès 1 an. Critique de Télérama : ici !

Les livres d'Ilya Green déjà présentés : ici !