Une petite fille se fait disputer par sa maîtresse car elle ne comprend rien à rien. Elle n’aligne pas les mots, elle n’associe pas les sons. Elle se perd entre les lettres. L’alphabet est son pire ennemi. C’est vrai qu’elle se sent perdue et elle aimerait bien qu’on l’aide. Accompagné de sa maman, la petite fille rencontre de nombreux spécialistes mais ni le pédopsychiatre, ni les médecins ne peuvent expliquer ses difficultés. Heureusement elle va rencontrer Mme Charabia, orthophoniste qui va non seulement nommer son problème mais aussi lui donner de nombreux conseils pour sortir de son marasme alphabétique ! Cet album propose une harmonie texte/image pertinente. Le récit joue sur les sons et les jeux de mots. Les illustrations et la typographie enrichissent ce récit et soulignent les difficultés de cette jeune dyslexique. Les lettres, les sons et la ponctuation sont intégrés à l’histoire. Le dialogue entre les illustrations et l’histoire crée alors un album porteur d’un sens vrai et profond. Sans décor superflu et tout en économie de couleur, cet album-documentaire est très réussi ! Dès 6 ans.
Des coups de cœur en littérature jeunesse dès la naissance et même avant ... Des albums, des romans, des livres extraordinaires pour les petits et les grands ! Vous pouvez aussi retrouver mes présentations sur le site de Caroline Desages, journaliste, penseesbycaro, les chroniques de Marje, sur le site Daddy Coool, rubrique lecture et sur le blog haricotmagique, le premier mercredi de chaque mois !
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jeudi 19 décembre 2013
lundi 7 octobre 2013
Le cœur en braille – P.Ruter – 291 p. - Didier Jeunesse – 2012 – 14.20 €
Victor vit seul avec son père. Sa mère est partie mener une nouvelle vie. Elle a coupé toutes relations avec son ex-mari et son fils. Le jeune homme et son père partagent une passion commune : les Panhard. Ces vieilles voitures sont le cœur de leurs discussions. Ils passent leur temps libre à bricoler le vieux modèle familiale dans la cour de leur maison. Ils lisent et traquent la moindre information dans le manuel Krebs qui est leur bible. Cette passion commune les lie et les empêche de sombrer dans le désespoir. Ils ont beau forcer le rire et la bonne humeur, parfois la déprime rôde : « Elle est partie et on s’est retrouvé tous les deux, et sans toi je me serais noyé ! Tu comprends ? – Oui, Papa, je comprends les choses du grand bassin de la vie. C’était super solennel ! ». Cahin-caha, en se donnant la main et en effleurant la vie avec légèreté, Victor et son père semblent heureux. Victor a tout de même un problème majeur dans la vie : il a de très importantes difficultés scolaires. Ni le sport, ni le français, encore moins les mathématiques, ne trouvent grâce à ses yeux. Son cerveau, qui fonctionne pourtant à plein régime, ne correspond pas aux attentes et aux rythmes de l’école. Victor n’est pas scolaire. Il a une compréhension des concepts complètement farfelue et personnelle. Il a peut-être une capacité d’abstraction trop importante pour l’apprentissage des notions scolaires en classe et en cohorte. Il est un peu poète et très philosophe. Avec ses meilleurs amis Etienne et Marcel, il a monté un groupe de rock fracassant qui ressemble plus à un défouloir sonore qu’à une harmonie musicale. En ce jour de rentrée en 4ème, Victor sait déjà que l’année va être longue et infructueuse. Mais depuis qu’il fréquente assidûment Robert le Dictionnaire, Victor a l’impression de reprendre pied. Il comprend mieux les conversations. Ces définitions, glanées par ci par là, l’entraînent dans des monologues intérieurs intenses qui parfois le bouleversent. Depuis qu’il a fait alliance avec Robert, la vie lui semble moins effrayante. Il trouve aussi du soutien auprès d’Haiçam, le fils du concierge qui est aussi un camarade de classe. Haiçam est lui aussi un enfant différent. Il est champion d’échec et une brillante carrière internationale l’attend. Il tente d’initier Victor aux stratégies d’ouverture qui correspondent d’après lui aux aléas de la vie. Malgré la flexibilité et la force de l’ouverture nimzo-indienne d’Haiçam, malgré la lecture des Trois Mousquetaires, malgré Robert le dictionnaire et malgré tout l’amour de son père, Victor va vivre une année surprenante et même terrifiante. Une telle révolution ne peut être dûe qu’à une rencontre, la rencontre d’une jeune fille : Marie-Josée. Cette jeune fille est une élève exemplaire et une violoncelliste talentueuse. Elle va détecter chez Victor une empathie extraordinaire. Elle décide alors de lui proposer un contrat. Marie Josée accepte de le former au travail intellectuel et scolaire ; en échange, il devra prendre soin d’elle. Effectivement, Marie-Josée est atteinte d’une maladie incurable et sa vue baisse de jour en jour. Il doit l’aider quelques semaines afin qu’elle puisse passer les épreuves du conservatoire et ainsi échapper à la clinique spécialisée où ses parents lui ont réservé une place. Le contrat est clair et ne permet pas d’échappatoires. Marie Josée et Victor sont liés par un engagement moral mais peut-être que même les contrats les mieux ficelés ne suffisent pas à brider les sentiments lorsqu’on a 14 ans ! Pascal Rutter offre un roman dont le style est surprenant. Tantôt il donne voix au langage des jeunes, aux mots les plus grossiers et aux expressions de cour de collège les plus triviales, tantôt les dialogues ou les monologues intérieurs sont subtils et poétiques. Certaines métaphores sont somptueuses. Les personnages sont travaillés dans toute la complexité de leur âge et de leurs préoccupations. Victor le héros est vraiment poignant devant sa médiocrité scolaire. Ses réflexions sur le sens de la vie et le pourquoi des choses sont riches et dépassent les platitudes souvent rencontrées. L’amour entre Marie et Victor est décrit comme les plus belles légendes d’amants maudits. Je le conseille aux lecteurs dès 10 ans s’ils aiment les romans volumineux et introspectifs.
mercredi 18 septembre 2013
35 kilos d’espoir – A.Gavalda – 110 p. - Bayard jeunesse – 2011 – 5.90 €
Grégoire hait l’école. Depuis la petite section. Il essaie, il travaille mais non, l’école le rend malade. Du matin au soir, il se force, il s’efforce malheureusement il ne s’adapte pas au système scolaire. Il ne comprend rien en français, en mathématiques, en histoire et avec le sport c’est encore pire. Il a rencontré des psychologues, des psychiatres, des orthophonistes, des spécialistes. Le diagnostic est unanime : Grégoire n’a aucun trouble. Il dysfonctionne car l’école ne lui apprend rien. Il a besoin de travailler avec ses mains. Il rêve de devenir peintre en bâtiment, maçon, jardinier … Grégoire n’est pas malade, Grégoire va bien, Grégoire n’est pas capricieux : Grégoire est un jeune homme manuel. Il aime sentir les outils sur ses mains abîmées. Construire, monter, inventer, trouver des solutions, faire preuve d’ingéniosité, Grégoire est un jeune homme très intelligent ! Heureusement que son Grand-Père Léon comprend son mode de fonctionnement. Souvent ils s’abritent tout deux dans le cabanon de Léon pour éviter les colères des parents de Grégoire qui n’acceptent pas le comportement scolaire de leur fils unique. Effectivement depuis quelques temps, Grégoire ne fait plus d’effort. Il a compris, il a cessé le combat et baissé les bras. Renvoyé de deux collèges, sa situation se complique. D’autant que son Grand-Père ne le soutient plus, il a son propre combat à mener. Leurs routes vont se séparer et Grégoire va devoir se surpasser pour trouver sa place en ce monde. La plume d’Anna Gavalda est un vrai régal ! Elle a le don particulier de cerner ses personnages qu’ils soient adultes ou adolescents. Les dialogues et les réflexions du héros sont parfois désopilants. Son autocritique sans complaisance est saisissante. Ce roman est très touchant. Tout d’abord les difficultés de Grégoire sont poignantes. Son désespoir et sa colère sont palpables. Les relations avec Léon, son grand-père, sont émouvantes. Sans mièvrerie, sans sentiments faciles, l’auteur nous entraîne dans la tourmente de Grégoire. Les émotions sont intenses, je n’ai pas pleuré mais mon menton tremblait sur les derniers paragraphes …MoyenMoyen et GrandGrand l’ont lu. Les deux ont sincèrement aimé ce roman, je suis bonne pour acheter un deuxième exemplaire ! Dès 10 ans.mardi 2 juillet 2013
Comment écrire comme un cochon - A. Finn - 154 p. - Ecole des loisirs - 1997 - 8.20 €
J’adore, j’adore, j’adore : ce livre n’est pas récent (1997) et c’est quelque part un vieux coup de cœur « Je crois bien qu’à cet instant j’ai pulvérisé le record du monde de haine pour une nouvelle école. J’ai déménagé autant de fois que vous avez regardé les dessins animés du soir à la télé » : Belle entrée en matière pour Chester, élève rude, ironique, irrévérencieux et un brin sarcastique qui fait une énième rentrée dans un nouvel établissement. Chester est très mûr pour son âge, il semble avoir du recul et il juge sévèrement cette nouvelle école. Comble de malchance, il est installé auprès de Joe : l’élève le plus brouillon du monde. Mais Joe est gentil, aimable, aidant : tout le contraire de Chester. Je sais les ficelles semblent un peu grossières … Néanmoins le récit est truculent, l’écriture ciselée et les dialogues sont singuliers. Notre équipe Joe/ Chester devra réaliser un projet pour la kermesse de l’école et les surprises seront au rendez vous. Les propos tenus par Chester sont parfois un peu rock’n’roll et pas du tout bien-pensants et c’est pour ça que j’adore ce roman : l’enfance n’est pas le pays des bisounours mais la sincérité et la spontanéité sont encore parfois préservées.
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