samedi 21 septembre 2013

Cerise Griotte – B.Lacombe – 17 p. - Seuil jeunesse – 2006 – 14.20 €

 
Benjamin Lacombe est un auteur qui m’interpelle. Ces albums sont parfois surprenants. J’avais beaucoup apprécié La mélodie des tuyaux, son Herbier des fées (version papier et version ipad). Depuis, je furette, je cherche et parfois je réussis à réserver et à obtenir un de ses albums à la bibliothèque. Sa notoriété grandissante rend ses livres difficilement accessibles en lecture publique ! Cerise Griotte m’attendait donc sagement à la médiathèque. J’ai tout de suite été séduite par le grand format de l’album. J’écoutais le strident bip, bip de la douchette de la bibliothécaire d’une oreille distraite car la couverture m’emportait déjà dans une histoire que j’avais hâte de découvrir. Tout d’abord, je suis une passionnée de confiture et cette petite fille triste perchée sur un amoncellement de pots ne pouvait que me plaire. Cet enfant s’appelle Cerise. Elle est un peu particulière et un peu triste. Elle aime beaucoup les livres qui lui permettent de s’évader et certainement d’oublier ses blessures affectives. Elle est extrêmement timide. Elle évite ses camarades en classe et dans la cour. Pourtant elle aimerait trouver le courage de parler avec le bel Angelo ! Mais même au secret de la bibliothèque, elle préfère se cacher que de croiser le regard de celui qui fait battre son petit cœur ! Elle vit seule avec son père qui n’a pas beaucoup de temps à lui consacrer. Au volant de sa camionnette grise, il récupère les animaux abandonnés ou égarés de la ville. Cerise l’aide souvent à nettoyer les cages. Mais ce qu’elle préfère par-dessus tout, c’est câliner les chiens, les chats et même les chinchillas perdus. Un matin, Cerise entame un grand nettoyage de la fourrière. En « décrapouillant » une cage, elle aperçoit une petite boule de poils blottie entre les barreaux. Cerise murmure pour apaiser la petite Shar-peï terrorisée. Cerise la baptise Griotte. En deux coups de langue et trois caresses, les voilà devenues inséparables. Grâce à la présence de Griotte, Cerise ne craint plus ses camarades d’école croisées dans le parc. En défendant la petite chienne des remarques désobligeantes des petites filles, Cerise apprend à se défendre et à se faire respecter. Les autres enfants en restent bouche-bée car ils n’avaient jamais entendu sa voix. Il croyait leur camarade muette, enfermée dans sa carapace de tristesse et de mélancolie. Malheureusement le père de Cerise lui rappelle les règles de la fourrière : Griotte ne pourra lui appartenir qu’après un mois d’abandon à la fourrière. Cerise est inquiète. Comment faire face à la vie si on lui enlève sa meilleure amie ? Benjamin Lacombe nous offre un très bel album. Le récit est plaisant. La lecture est courte et gaie. De nombreux jeux de mots ou de sonorités jalonnent l’histoire. Le personnage de Cerise est bien appréhendé. On comprend que la petite fille acquiert son autonomie grâce l’attachement qu’elle ressent pour la chienne. Cerise a besoin d’affection et d’amour pour grandir et s’ouvrir au monde. Griotte lui donne la force d’affronter le regard des autres enfants et même des adultes. La petite chienne sera son port d’attache pour un amour inconditionnel et spontané. Elle sera aussi libératrice des liens qui lui fermaient la bouche et le cœur. Les illustrations sont très soignées. La rigidité affective de Cerise est soulignée par la raideur de son personnage qui semble prisonnier d’un pull-bouclier remontant jusqu’au nez. Effectivement comment parler quand on a le menton bloqué ? Les points de vue sont saisissants. Dès la couverture, Benjamin Lacombe joue sur les angles de vue : dedans, dehors, derrière et à travers. J’aime quand la technique est aussi bien maîtrisée. Page après page, l’harmonie texte/image participe à l’évolution de Cerise et à son combat pour s’ouvrir aux autres et gagner en assurance. Un très bel album à découvrir de 5 à 8 ans.